Le vieux mont et la mer

Par Foued ALLANI
Elle a hélàs très mal vieilli. Et ses amoureux sont aujourd’hui et depuis de longues années profondément attristés par le sort qui lui a été réservé. «Les injures du temps et l’injustice des hommes» l’ont meurtrie et horriblement défigurée. Elle qui a su renaître de ses cendres depuis ses premiers jours il y a de cela plus de 2.000 ans.
Ville d’eaux, entre mer et montagne, ville royale, berceau d’artistes, d’écrivains, de savants et de militants célèbres, Hammam-Lif a hélas très mal vieilli devenant ainsi le fantôme d’elle-même.
Même la mer s’y meurt depuis déjà plus de trente ans. Et au lieu de devenir une vraie station balnéaire, une prestigieuse station thermale, un admirable pôle touristique avec un petit port de plaisance et un téléphérique reliant la ville au sommet du Boukornine (575 m), Hammam-Lif n’a réussi qu’à se transformer en une bourgade «populaire» où tout se meurt. Ses belles bâtisses, ses monuments, ses restes de jardins… et aussi ses chaussées qui ressemblent aujourd’hui à des pistes agricoles tellement délabrées, balafrées, envahies par les nids d’autruches, les bouches d’égout saillantes… Seul son stade a eu droit à la rénovation de ses gradins. Un argent fou dépensé pour les beaux yeux du ballon rond et de ses esclaves aux dépens de toute une ville qui manque de tout, même, à certains endroits, d’assainissement.
Même la corniche a été défigurée par une pseudo-rénovation, il y a quelques années, ajoutant ainsi aux malheurs de la ville qui a vu la naissance du célèbre homme de théâtre Aly Ben Ayed, et bien d’autres hommes et femmes de culture dont la Tunisie est fière.
Sans doute aussi à cause de son statut de grand et précoce foyer de l’islamisme au milieu des années 1970 et années suivantes, mais aussi pour d’autres raisons, Hammam-Lif a été privée de son droit de devenir le chef-lieu d’un gouvernorat créé au début des années 1980 au profit de Ben Arous, simple quartier populaire à la périphérie de Tunis. Hammam-Lif avait déjà entamé sa descente aux enfers pour se distinguer par les activités mafieuses, la violence et la pollution après avoir été une belle petite ville cosmopolite et princière.

Le sursaut des amoureux
Jamais ses amoureux ne l’ont laissé tomber. Grâce à de petits gestes en apparence, grands par leur portée, ils ont continué à chanter sa splendeur d’antan et à faire revivre ses gloires d’hier et même d’aujourd’hui.
Richement citée par les auteurs qui l’avaient visitée, depuis plus d’un siècle, elle a eu droit, début 2000, à trois ouvrages de qualité, de la plume de son fidèle, notre ami Si Tijani Azzabi, et à son objectif aussi.
(Inoubliable… Hammam-Lif, «Légendaire CSHLif» et Hammam-Lif une symphonie en cartes postales) se distinguant ainsi par rapport à tous ceux qui ont immortalisé la ville par leurs écrits. Tels que l’inimitable Ali Douagi, père de la nouvelle en Tunisie, le poète français Maurice Riguet («Entre mer et Boukornine» recueil. Tunis. MTE, 1980).
L’écrivaine et militante Noura Borsali, Hammam-Lifoise de souche. Ou encore grâce à leur objectif, tel que notre ami l’artiste photographe hammam-lifois Taoufik Naccache.
Nous vous proposons aujourd’hui une promenade dans le jardin fleuri des poètes épris de Hammam-Lif, et ce, grâce à notre ami poète et critique hammam-lifois, Jalel El Mokh, qui a publié fin 2008 une anthologie de la poésie dédiée à la ville («Qaça’id bayna bahrin wa jabal : Hammam el enf fi quoloub’ich chou aâr a’»).
Un ouvrage très intéressant qui hélas n’a pas bénéficié de l’impact médiatique qu’il mérite.
Avec la patience d’un soufi et la curiosité d’un explorateur, Jalel El Mokh retrace les œuvres de plusieurs poètes tunisiens et français sans oublier de fournir la biographie succinte de chacun et d’annoter les textes. Un travail qui met en exergue le charme de cette ville qui a su inspirer tant de poètes tunisiens, tels que Mohamed Al Mannoubi Saïd Al Kaïrawani, le cheïkh Ali Neïfar, le Cheikh Mustapha Meddeb, le grand Mustapha Khraïef, et son neveu Mohieddine, Ali Ben Hédia, Abderrahman Kablouti, Tahar Hammami.
Français tels que Maurice Riguet, Arthur Pellegrin, Rosaire (Rosario) Di Stefano, un Français originaire de Sicile, né à Hammam-Lif et où il a vécu les premières années de son enfance.

Le cœur à cœur
Doté d’une introduction suivi d’un aperçu de l’histoire mythologique de la ville, l’ouvrage reproduit plusieurs poèmes, en arabe et en français, que l’auteur juge les plus expressifs, les plus inspirés. Jonglant avec les dieux grecs, l’auteur nous gratifie donc d’une très belle fresque où «Aquae persianae» le Hammam-Lif romain (Nara de son premier toponyme punique) est le théâtre d’évènements au dénouement heureux au centre desquels on trouve «Baal Kornazis» (Balcaranensis), le dieu aux deux cornes représenté par le mont bicornu, le Boukornine, qui surplombe la ville (Baal Karneïm ou maître des deux cornes en phénicien).
L’auteur ne manque pas aussi de citer le romancier français Guy de Maupassant qui séjourna à Hammam-Lif sur les conseils de son compatriote et non moins romancier Gustave Flaubert, ainsi que l’écrivain français Georges Duhamel. Ce dernier avait écrit un récit de voyage avec pour l’un de ses principaux personnages… le Boukornine.
Cela sans oublier le célèbre médecin et humaniste «franco-tunisien» Charles Nicolle, Prix Nobel de médecine (Tunis 1928).
Ecoutons ces quelques strophes des uns et des autres venant droit du cœur de leurs auteurs respectifs, et commençons par ceux de Maurice Riguet :

Les amoureux

Sur le mur d’Hammam-Lif à côté de la plage
Des amoureux viennent s’asseoir
Ils ne s’éloignent pas et chacun peut les voir
Aussi sages que des images
(…)
La mer vivante accourt sans fin devant leurs yeux
Ils sont tristes ou gais comme elle
Mais quand elle se fâche et froisse ses dentelles
C’est ainsi qu’ils l’aiment mieux

Ecoutons maintenant Arthur Pellegrin :

La plage :
(…)
Et c’est l’heure propice où le soleil descend
Où la bise fraîchit. Et quand l’ombre au versant
Du Bou-Kornine croît plus mauve, les baigneuses.
Paraissent sur la grève en leurs maillots collants
Elles entrent dans l’onde, agiles et rieuses
Et la vague écumante atteint leurs mollets blancs…

Ecoutons pour terminer ce survol, Rosario Di Stefano;

Bonheur à l’étouffée
(…)
Et comme une mouette frileuse,
J’ai renvoyé après vingt ans,
Mon âme se réchauffer un instant,
Au flanc de ma montagne merveilleuse
Le souvenir se meurt,
Mais son écho persiste
Il enfle et résiste
Pour tempérer nos pleurs
Sur nos vagues en deuil
Sous un reste de ciel bleu,
Il ricoche grâce à Dieu
Qui le préserve des écueils (fin du poème)

Ainsi donc parlaient les poètes, chantaient ou pleuraient… Hammam-Lif

Tunisie: Palais de Carthage - Belles petites fausses notes... provisoires

Le Palais de Carthage est bien aujourd'hui revenu au peuple qui en est le propriétaire. L'actuel locataire en est certainement convaincu.
En allant couvrir les travaux de la conférence sur les cinq libertés dans l'UMA tenue hier dans cette ancienne forteresse, nous l'avons bien constaté.
Évaporées cette lourdeur protocolaire et cette sécurité maniaque. Tout est redevenu simple et calme. Et les responsables du cabinet présidentiel sont plus jeunes, plus accessibles, plus disponibles, bref j'allais dire à dimension humaine.
Invités sur un simple coup de fil à la rédaction, nous étions donc dépourvus de tout document pouvant nous faciliter l'accès aux lieux. Nous n'avons pourtant trouvé aucune difficulté particulière à rejoindre la salle de conférences.
Le problème est que l'attente s'est étirée. Les organisateurs avaient bien insisté la veille qu'il fallait se pointer à 8h30, car la conférence devait débuter à 9h00 pile. Un coup d'oeil sur le programme vient alors nous apprendre que les travaux commencent à 10h00.
C'est à 10h15 que le président Marzouki est entré dans la salle, entouré d'un joli petit monde. Mais les pauvres journalistes ont dû subir d'autres désagréments.
Ils ont d'abord eu droit à des chaises clairement séparées des tables destinées à l'assistance. Soit un territoire isolé par des cordons, certes luxueux, mais créant une nette séparation avec les autres invités. Des cordons de couleur rouge soutenus par des piliers métalliques dorés, «des lignes rouges», plaisante un confrère.
Donc pas de table pour écrire. Une forêt de trépieds devant eux pour les caméras, un écran au fond presqu'invisible et un public qui cachait ou presque le podium.
De plus, il y avait les bouteilles d'eau... en moins. Un confrère diabétique a dû tirer «la sonnette d'alarme» pour obtenir une bouteille d'eau minérale.
On pria l'assistance de mettre les portables en mode silencieux. Rien à faire, ces derniers continuèrent de sonner tout au long de la rencontre (le réseau n'a donc pas été neutralisé). Certains participants ne se sont même pas gênés de répondre aux appels (abus du droit de liberté).
En costume clair, Marzouki a donné le coup d'envoi de la rencontre en prononçant une allocution très intéressante. Mais le président paraissait triste, et visiblement fatigué.
Plein de bonnes idées et de formules chocs, le discours a été pourtant prononcé d'une voix lasse, timide, monocorde et sans âme.
Avant de se rattraper, le président fit un gentil petit lapsus. Au lieu de dire que le sommet maghrébin aura lieu le 10 octobre 2012, il le renvoya à 2013.
On nous gratifia tout de suite après de la copie de son allocution, un texte nu sans titre ni en-tête pouvant l'identifier. Après son discours, le président alla s'asseoir au milieu de l'assistance.
Des hésitations que l'on mettra sur le dos d'une équipe en rodage. Une improvisation innocente et parfois sympathique. Mais vive la liberté !

Les damnés de la patrie

Les damnés de la patrie

Par Foued ALLANI

Le groupe dominant au pouvoir depuis l’indépendance politique du pays en 1956 et celui qui lui a succédé en 1987 et jusqu’à 2010 ont non seulement échoué à résorber les multitudes inégalités qui rongeaient la société mais ils les ont hélas accentuées et créé en plus d’autres formes de ces injustices (voir : Double fracture socioéconomique. La Presse - Supp Eco - 29 février 2012).
Pire, tous les transferts sociaux ont profité plus et mieux aux ménages les moins démunis. Idem pour la couverture sociale. Une situation qui s’est sérieusement aggravée avec l’ampleur de l’exode rural ayant eu pour, entre autres conséquences, la dépopulation de larges régions du pays et la création de ceintures de pauvreté autour des grandes villes avec une horreur «rurbaine» appelée Grand-Tunis. Agglomération très mal aménagée, où la qualité de la vie est allée, en se dégradant, crescendo et où le coût de la vie est devenu insupportable pour la majorité de ceux qui y résident.
Dès sa conception, le Tunisien se retrouve soit favorisé, soit, et c’est le plus fréquent, défavorisé par le système injuste des inégalités.
Aussi bien sur le plan de la santé (alimentation, hygiène et soins) que sur celui de l’éducation (intellectuelle, sociale et physique) puis, plus tard, sur celui de l’emploi, le Tunisien se verra offrir des services publics de qualités différentes allant, selon son cas, du médiocre vers l’acceptable et parfois même et paradoxalement vers l’excellent (l’exemple du nanti qui bénéficie d’un traitement VIP dans l’hôpital universitaire grâce aux interventions d’influents).
Ainsi l’enfant moins nanti aura une alimentation de moindre qualité, un éveil intellectuel très faible et une éducation sociale basée sur la violence et sur l’influence néfaste des modèles adultes de son milieu. Cela à l’inverse de ses concitoyens mieux nantis.
Déjà, au niveau du primaire, il sera victime d’une école à deux vitesses, où c’est la moins rapide qui lui sera destinée, car c’est aux écoles des quartiers relativement aisés que l’on affecte les meilleurs enseignants, réservant aux quartiers pauvres ceux qui ont des problèmes liés à leur manque de compétence et/ou de disponibilité.
Cette école, déjà à deux vitesses, a hélas la triste réputation d’engendrer des dépenses en cours supplémentaires que seuls les plus nantis peuvent supporter. Imaginons la suite... et les résultats.
L’école dite républicaine, qui avait permis, au début, la formation de nombreux cerveaux parfois de notoriété internationale venant du fin fond de la campagne, s’est rapidement transformée en une institution qui ne favorise que ceux qui peuvent casquer. Très sélective, très coûteuse, et pratiquant à large échelle la discrimination, l’école, devenue de base début 1990, s’est tansformée en une institution reproduisant la violence sociale de plus en plus intense et de plus en plus étendue.
Son corollaire, l’échec et l’abandon scolaires et pour ceux qui résistent à son système, le chemin du chômage le plus difficile à supporter, celui des diplômés du supérieur.
Véritables cobayes, les élèves tunisiens ont depuis l’Indépendance été victimes d’une pseudo-politique éducationnelle.
Réformes après réformes (il fallait dire plutôt pseudo-réformes), le système scolaire est devenu non seulement inefficace, mais promoteur d’ignorance, de dépendance et de violence. En le quittant, le diplômé ne sait plus ni écrire, ni lire, ni réfléchir et il aura entretemps appris toutes les formes de délinquance possibles et imaginables (cela est un autre problème).
Pour rester dans les inégalités, n’oublions pas le développement du secteur privé des écoles de base (primaires et collèges) qui s’est distingué par la qualité de son enseignement quoiqu’aux dépens du temps de l’élève.
Les plus nantis et ceux qui le sont moins, mais prêts à tous les sacrifices, ont soit inscrit leurs rejetons dans des écoles publiques performantes, soit eu recours au privé ou à une école dans un quartier populaire, mais avec des interventions auprès de la direction pour un meilleur suivi de l’élève (traitement VIP) moyennant des services en retour.
Le secondaire est devenu, quant à lui, l’arène la plus violente de la discrimination. Pour obtenir une bonne moyenne au Bac, il faut au moins quatre ans de cours particuliers très coûteux (cela sans compter les années de collège). C’est-à-dire des cours pour toutes les matières importantes. Un commerce très lucratif qui crée de son côté des inégalités criardes entre enseignants sollicités et ceux qui ne le sont pas.
Mais ceux qui peuvent payer possèdent également une arme redoutable pour accéder aux meilleurs choix de filières universitaires, une fois le Bac en poche (après la banalisation de ce diplôme), les interventions.
Grâce à l’opacité du système d’orientation, le favoritisme a pu s’épanouir et propulser dans les écoles et facultés les plus prestigieuses du pays des générations de ces citoyens de 1ère classe, parfois aux dépens d’autres qui, grâce à leurs propres efforts, étaient plus méritants.
Ces bacheliers, nouveaux étudiants chanceux, profiteront en plus d’autres avantages créés par le système. Dans les écoles supérieures bien cotées, ils auront les meilleurs enseignants, les meilleurs emplois du temps, les meilleures facilités (voiture des parents, ordinateur portable performant, argent de poche, loisirs…), l’attention particulière des encadreurs, en plus des stages et des mémoires de fin d’études de meilleure qualité.
Bon nombre de ces étudiants favorisés viendront étudier l’esprit tranquille car confiants que le système fonctionnera également après l’obtention du diplôme pour le recrutement. Et dans les meilleurs postes possibles, s’il vous plaît.
Déjà et depuis l’Indépendance (politique), le favoritisme avait permis l’éclosion d’une grande catégorie de salariés aisés, mais souvent incompétents et magouillards en permettant leur recrutement ciblé qui sera suivi de promotions fulgurantes grâce à des réseaux d’influence dans des sociétés nationales réputées pour leurs gros salaires et les multiples avantages qu’elles offrent à leurs employés (banques, offices, Tunisair…) ou encore au sein des organisations internationales, entreprises multinationales, l’émigration dorée, etc.
Une catégorie qui a bien su préserver le système et le reproduire et qui s’est retrouvée totalement déconnectée de la réalité du pays et de ses problèmes et besoins. La tête, le cœur et parfois le corps sont ainsi à l’étranger, auxquels nous ajouterons la poche. Combien a coûté cette catégorie à la communauté?
Des sommes faramineuses, mais elle a participé activement à l’éclosion de la haine sociale, la misère et le désespoir chez les autres catégories de la société.
Dans notre prochain article, nous essayerons de décrire les inégalités entre hommes et femmes dans le pays qui s’est longtemps targué d’être le pionnier des droits de la femme.
Auteur : F.A.
Ajouté le : 07-03-2012

Aujourd'hui 130e anniversaire de l'occupation de la Tunisie par la France

 
Foued ALLANI La Presse de Tunisie : 12 - 05 - 2011

A peine s'est-elle timidement dégagée de son statut de province ottomane, que voilà la Tunisie devenir le 12 mai 1881 un protectorat français. Appellation désignant un régime de colonisation directe et totale déguisé qui permettait à la France d'exploiter notre pays à moindres frais.
Il y a donc 130 ans que Mohamed Es-Sadok Pacha Bey, monarque inculte et faible de caractère, signait au Palais du Bardo le traité ayant permis à la France d'avoir une mainmise «légale» sur notre pays afin de le soumettre à sa volonté et de le piller en toute impunité.
En commémorant cet événement lourd de conséquences sur notre pays dans sa totalité, il est utile, surtout au cours du processus révolutionnaire que notre peuple est en train de conduire, de réfléchir un peu sur les causes ayant abouti à la conclusion de ce traité (du Bardo) et sur ses innombrables conséquences aussi bien immédiates que lointaines.
Moins de 70 ans avant la signature sous la contrainte du fameux traité, la Tunisie venait d'atteindre son apogée de puissance régionale et l'Etat centralisé, fort et prospère grâce au long et fructueux règne de Hamouda Pacha Bey (1782-1814), un avantage qu'elle perdit en l'espace de quelques années.
Suite à une série de contre-performances (peste, troubles internes, dévaluation de la monnaie) et aussi à l'influence grandissante de puissances étrangères et l'occupation de l'Algérie par la France à partir de 1830.
La victime, son propre bourreau
Malgré les réformes entreprises sous Ahmed Pacha Bey (1837-1855), la situation de la Tunisie évoluait plutôt négativement. Régime politique autocratique et dépensier, peuple de plus en plus pauvre soumis à des impôts de plus en plus lourds, société traditionaliste et analphabète, enseignement très limité et stérile, artisanat qui perdait de sa puissance commerciale, armée avec effectifs limités, mal formés et sous-équipés, épidémies diverses (dont le fameux choléra de 49-50), régime de capitulations à partir de 1847 en faveur des ressortissants étrangers occidentaux qui s'adjugeaient petit à petit le droit d'exercer l'import-export, endettement toujours grandissant de l'Etat, etc.
Ce cercle vicieux n'a malheureusement pas été rompu, et ce, en dépit d'un nombre non négligeable de réformes ayant visé essentiellement le pouvoir politique (Constitution de 1861, suspendue en 1864), l'appareil administratif, l'enseignement, la santé et les relations extérieures grâce notamment aux efforts de Kheïreddine Ettounsi, Premier ministre de 1873 à 1877, et ses collaborateurs.
Il y a eu la catastrophe financière qui a signé la dépendance du pays dans ce volet vital de survie. A cause du surendettement, l'Etat tunisien est mis en 1869 sous tutelle d'une commission financière internationale.
Evénement qui eut lieu suite à la corruption généralisée des grands commis de l'Etat et à leur tête Mustapha Khaznadar, Premier ministre de 1837 à 1873, avec les deux fameux coups de détournement du Trésor public effectués tour à tour par Nessim Sammama (1864) et Slilomo Sammama, son neveu (1873), juifs livournais qui étaient chacun à son tour en charge de la comptabilité publique.
Directement liée aux déboires financiers de l'Etat, la révolte de 1864 éclata, faut-il le rappeler, suite à la décision de doubler l'impôt «illégal» de capitation appelé «mejba», mouvement qui fut réprimé dans le sang et qui a été suivi aussi en 1867 par une grande crise (Aam boubarrek), mélange de famine et d'épidémies diverses.
Que de sacrifices !
Ainsi, le fruit était mûr et la France n'avait fait que le cueillir. Non sans résistance de la part du peuple livré à lui-même qui a essayé tant bien que mal de repousser l'occupant. Entreprise devenue vaine après quelques mois (jusqu'au 26 octobre 1881, date de l'occupation de Kairouan, dernier symbole de souveraineté).
En vertu de la convention de La Marsa (8 juin 1883), la France devenait seul maître à bord. Par le biais d'un bey qui ne jouissait d'aucun pouvoir. Le colonisateur avait les mains libres pour prendre les décisions qui lui convenaient et jouir ainsi de toutes les ressources du pays (terres fertiles, minerais, hommes chair à canon, marché pour écouler ses marchandises…).
Le colonisateur poussait le cynisme jusqu'à conduire l'Etat tunisien à contracter des prêts pour établir un budget qui sera ensuite dépensé au profit des colons et fonctionnaires français jouissant du quasi monopole de la Fonction publique.
Bref, la colonisation appauvrissait le peuple et le pays et le laissait exsangue. Certains Tunisiens continuent hélas de croire que la colonisation a eu un impact positif sur le pays et vont jusqu'à en faire l'éloge, à l'image de cette loi de la honte votée en 2004 en France puis abrogée un peu plus tard et qui faisait l'éloge de la colonisation.
Humilié, opprimé, spolié, le peuple tunisien, grâce à ses élites instruites, ses militants cavaliers (foursen moujahidine) ne se soumit point, la résistance ne s'éteint jamais.
Actes de rébellion des tribus du Sud avec comme base arrière la Tripolitaine, rébellion des Frechiches en 1906, événements sanglants du Jellaz (1911), événements du tramway (1912), mouvement de Mohamed Daghbagi (1920), grandes manifestations d'avril 1922 (Tunis et La Marsa), événements d'avril 1938 et démarrage de la résistance avec la création du premier noyau de l'armée de libération et jusqu'aux événements de janvier 1952.
L'indépendance politique chèrement acquise le 20 mars 1956, le peuple tunisien continuait à lutter pour son indépendance effective (bataille de Remada en 1958, bataille de Bizerte en 1961) pour obtenir enfin l'évacuation totale du colonisateur en 1963 puis la nationalisation des terres «des colons» le 12 mai 1964. Loi promulguée par le président Bourguiba qui signa le jour même le texte sur la même table ayant servi au traité du Bardo.
La longue quête de la démocratie
Riche en enseignements, la date du 12 mai 1881 était donc l'aboutissement de plusieurs causes que les leaders du mouvement national naissant avaient analysées à partir de 1907 à travers le journal Le Tunisien. Ces causes étaient résumées ainsi :
• Un pouvoir absolu et despotique
• Absence d'institutions politiques (sauf celles surannées et stériles)
• Pouvoir judiciaire archaïque
• Corruption généralisée
• Système d'instruction défaillant
• Femme opprimée et analphabète
• Main-d'œuvre non qualifiée
• Travailleurs exploités et non représentés
• Etrangers bénéficiant de larges privilèges.
Toute leur stratégie, avant de réclamer l'indépendance du pays, se concentrait donc sur la résorption de ces causes pour que le peuple puisse quitter définitivement son statut de peuple colonisé (dans les faits et dans les têtes).
Avec l'indépendance, la majorité des revendications socio-économiques du mouvement national ont été satisfaites. La Tunisie échoua cependant dans le volet politique et ne parvint pas à instituer une vraie démocratie pluraliste respectant la volonté du peuple et favorisant l'alternance. Sur le plan économique et aussi culturel, la Tunisie n'a pas pu s'imposer. Trop de temps perdu dans des tâtonnements à cause de la corruption et la dépendance économique et culturelle vis-à-vis de la France persistait.
Mais le peuple tunisien ne s'avoua pas vaincu, il n'arrêtait pas de lutter pour une vraie indépendance.
Aujourd'hui et grâce au processus révolutionnaire déclenché le 14 janvier dernier, il pourra enfin fonder une démocratie pluraliste favorisant l'alternance, l'indépendance économique et l'indépendance culturelle.


Science et conscience


Foued ALLANI La Presse de Tunisie : 01 - 08 - 2011

• Pour eux, le jeûne est formellement interdit
Le jeûne de Ramadan est formellement interdit par la religion mais aussi selon les données scientifiques et médicales, aux enfants, aux vieillards, aux femmes allaitantes et à tous ceux présentant certaines pathologies aiguës ou chroniques diagnostiquées par le médecin traitant ainsi que lors d'états physiologiques bien précis. Les voyageurs sont eux aussi invités, toujours selon la religion, à ne pas observer le jeûne . Idem pour les femmes enceintes.
Le jeûne est strictement interdit aux diabétiques insulino-dépendants, aux personnes souffrant d'insuffisance rénale, même légère , à celles souffrant d'un ulcère gastro-duodénal et aux polymédiqués. Car pour ces derniers, les prises médicamenteuses (plusieurs médicaments) doivent être obligatoirement réparties sur toute la journée.
Ceux souffrant d'un état fébrile , ceux sujets à une gastro-entérite aiguë et ceux sujets à une poussée hypertensive ne doivent pas , eux aussi, jeûner (besoin très élevé en eau).
Les spécialistes rappellent qu'il est formellement interdit à une femme enceinte de jeûner au cours du deuxième trimestre de sa grossesse.
En général, il devient strictement interdit de jeûner pour une personne donnée, selon la religion, dans tous les cas où le médecin traitant juge que l'état de santé de celle-ci présente une quelconque contre-indication pour jeûner.
Les personnes se trouvant dans l'obligation de fournir des efforts physiques intenses au cours de la journée ou travaillant dans des atmosphères trop chaudes ou trop froides sont également dispensées du jeûne par la religion, la jurisprudence devant s'aligner sur les données scientifiques en vertu de la règle qui recommande que l'élimination des inconvénients prévaut sur la recherche des avantages. Elles peuvent s'acquitter de leur devoir plus tard quand les circonstances le permettent ou bien décaler ces tâches en les effectuant au cours de la soirée, si possible.
Certaines personnes doivent aussi interrompre immédiatement le jeûne afin de pallier une situation qui fait qu'un apport énergétique, médicamenteux ou hydrique devient urgent.


Une diète dans la diète

L'encre et la mer : Et Dieu créa la Méditerranée
Foued ALLANILa Presse de Tunisie : 03 - 08 - 2011

Quand les Américains Leland Albaugh (1948) puis Ancel Keys (début 50) mettaient chacun de son côté les bienfaits de la diète méditerranéenne et ses multiples vertus pour la santé en général et pour celle du cœur en particulier, les riches des pays riches n'avaient accordé aucune importance à ces découvertes pourtant cruciales.
Comment, pour eux, le régime alimentaire de ces pauvres villageois de cette vieille partie du monde usée par les guerres, les mythes et les disettes pouvait-il être meilleur que le leur, le meilleur du monde?
Comment ce régime pauvre en viandes et en produits d'origine animale de façon générale pouvait-il être plus bénéfique que celui qui fait leur orgueil?
«La viande est l'aliment des conquérants», disait St Augustin.
Et les conquérants c'étaient ces peuples du Nord qui se goinfraient de chair saignante ce qui leur conférait ce caractère carnassier. Idem pour ces peuplades de l'Est, nomades cavaliers nourris au lait cru, amateurs de gibier et de sang. Peuples qui avaient inspiré ces conquérants ibériques et leurs successeurs britanniques ayant comme eux massacré les autochtones (les peaux-rouges).
Pauvre mais très riche
Pauvre en viandes, riche en légumes, céréales et légumineuses. Pauvre en graisses animales, riche en huile d'olive, la panacée des panacées. C'est cela et en gros la diète méditerranéenne, devenue à partir de novembre dernier patrimoine mondial.
Nous avons quand même oublié les produits de la mer qui viennent rehausser la valeur nutritionnelle de ce régime et l'autre miracle divin, le raisin.
Pain complet, huile d'olive, olives, ail, oignon et du lait caillé. Voilà la voie royale pour une vie sans problèmes de santé. Une longévité assurée, si tout va bien.
Un frugalité, en réalité riche en substances protectrices, régénératrices et énergétiques, dépourvue ou presque de sucre et de sel de table.
«Magie Méditerranéenne» avaient écrit Marissa Clotier et Yves Adason dans leur The Meterranean Diet (La Diète méditerranéenne) en parlant de ce régime-miracle. Potion magique, recette magique… peu importe. L'essentiel c'est que cette diète est devenue l'idéal alimentaire mondial. Non sous sa forme réelle adaptée au terroir régional mais selon son schéma déjà décrit (une autre huille végétale pouvant remplacer l'huile d'olive).
Et peu de viandes rouges veut dire aussi halte à la course effrénée pour la production essentiellement bovine et ce qu'elle coûte en terme de consommation de végétaux cultivés pour l'alimentation du bétail à abattre aux dépens de ceux qui auraient pu nourrir des millions de personnes (blé, riz, légumes, fruits…). Comportant des variantes, la diète méditerranéenne a évolué selon deux axes. L'un géographique ayant influencé les disponibilités alimentaires et les habitudes grâce notamment à l'influence d'autres peuples.
L'autre religieux ayant divisé la Méditerranée en deux, le Nord et le Sud.
Le couscous et le Ramadan
D'une part, l'Afrique du Nord très céréales (couscous et bazine) et très huile d'olive en plus du mouton et, d'autre part, le Proche-Orient très riz et très smen (beurre salé et cuit) en plus des volailles.
Si le Nord lui est porc et vin, le Sud par contre est, lui, mouton, volailles, huile d'olive et vinaigre. Le Sud, pour sa part, se caractérise par le Ramadan. Un jeûne volontaire et aux rythmes réguliers et précis tout au long du 9e mois du calendrier lunaire musulman (le mois de Ramadan).
Une diète dans la diète qui donne un énorme avantage à cette partie sud de la Méditerranée puisque le Ramadan, s'il est bien conduit, possède des vertus inimaginables et incalculables avec un impact bénéfique sur la santé physique, mentale et sociale.
Ramadan est en effet une diète à lui seul. Il permet le repos de tous les organes, la désintoxication de l'organisme, la régénération et la réparation des tissus, la revivification des fonctions essentielles de notre corps. Grâce à la baisse de l'apport alimentaire (énergétique surtout) il est une arme redoutable contre le vieillissement (contre le vieillissement précoce et le mauvais vieillissement).
Sur le plan social, le Ramadan impose un nouveau rythme qui casse la routine, réunit les familles autour de la table, donne un coup de fouet à la vie spirituelle, à la solidarité et à certains secteurs de l'économie.
Pas de porc, pas de vin (en général) et le Ramadan en plus. Une révolution totale qui fait la nette différence entre le Nord et le Sud de la mer, la nôtre.
Mais pourquoi le couscous, qui a conquis le Nord, n'a pas pu conquérir l'Est, le Machreq? Deux raisons pourraient être évoquées. La première est que les habitudes alimentaires des Machréquis penchent vers la multitude de petits plats, alors que le couscous est un grand plat qui réunit le tout.
La seconde est que le mot «couscous» rappelle, et de très près, le nom que donnent les Machréquis au sexe de la femme.
Cela, sans oublier le regard quelque peu réducteur qu'ont les Machréquis sur tout ce qui vient du Maghreb. Ce sont les Phéniciens, peuple de l'alphabet, de la navigation et du négoce qui viennent donner des leçons aux Amazighs (les hommes libres), d'après bien sûr cette conception mesquine. Certains ont donc oublié qu'il y a une civilisation punique et que, pour avoir de délicieuses pommes ou poires, on a besoin de greffer ces espèces sur un bon et solide cognassier.
Le couscous, vraie diète méditerranéene. Diète méditerranéene en un seul plat.
L'aliment et l'ambiance
En focalisant leurs études sur le régime alimentaire, nos amis américains ont oublié plusieurs facteurs entrant en ligne de compte à côté de la diète proprement dite.
C'est vrai qu'ils ont mis en relief le fait que les Méditerranéens se nourrissent du terroir qui, selon les saisons, offre des variétés spécifiques.
C'est vrai qu'ils ont bien souligné le fait que les produits de la Méditerranée (terre et mer) sont plus bénéfiques en termes de nutriments et de substances protectrices, et qu'ils sont plus frais et plus délicieux que ceux consommés aux Etats-Unis par exemple.
Mais ils ont oublié ou plutôt omis plusieurs autres facteurs.
D'abord, la douceur du climat et son influence sur l'état général de la santé et surtout sur les habitudes individuelles et sociales qui en découlent (y compris le fameux caractère méditerranéen extraverti, altier, bon vivant...). Au centre, l'ensoleillement qui favorise un meilleur squelette, peu d'attitudes dépressives et aide à la désinfection.
Le climat méditérranéen impose, par ailleurs, la sieste, ce grand remède pour le corps et l'esprit. Pas seulement en été, chose évidente, mais aussi au cours du reste des saisons. Or, une sieste, même assez courte, possède d'énormes vertus en termes de santé physique et mentale. Et voilà que les Allemands et les Japonais l'intègrent dans leur système infernal de production, car elle permet une meilleure productivité et diminue le stress, ainsi que les risques d'accidents.
A côté de la sieste, il y a cette alternance travail-farniente qui caractérise les Méditerranéens. Cela permet de décompresser et de freiner un peu le rythme de production imposant un modèle plus humain donnant sa place aux aléas et à plus de souplesse.
C'est en général cette joie de vivre, cette insouciance, cette frugalité, cette convivialité, un art de vivre pour résumer tout cela et de vivre ensemble qui donne tous ses atouts à la diète méditerranéenne.
Car manger en groupe, c'est manger moins, c'est manger dans l'ambiance, c'est manger dans la sérénité... dans le bonheur.

Le divorce université-classe dirigeante

40e anniversaire du fameux congrès de Korba de l'Uget
Foued ALLANI  La Presse de Tunisie : 23 - 08 - 2011

• Survol des événements qui avaient abouti à cette rupture et de ceux qui s'ensuivirent
Il restera l'illustration la plus éloquente du refus de nos jeunes élites de l'arrogance d'une classe politique hégémonique mue par le désir irrépressible de dominer la société et des structures qui la représentent après avoir réussi à mettre la main sur toutes les institutions politiques et celles de l'Etat par le biais d'une monstruosité appelée Etat-parti construite autour d'un chef dont le pouvoir est devenu quasi-illimité.
C'est que le 18e congrès de l'Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) tenu à Korba du 12 au 20 août 1971 et plus connu sous l'appellation de «Congrès de Korba 71» a révélé au grand jour l'âpreté de la lutte de nos jeunes élites et futurs cadres et décideurs du pays pour se soustraire à la tutelle infantilisante du parti-Etat et de sa politique inaugurée en 1963 ayant détruit tout pluralisme intellectuel et politique à la faveur de l'idéologie de «l'unité nationale». Celle-ci consistait entre autres à mettre au pas toutes les organisations «nationales» et de les inféoder au parti du Néo-Destour (devenue à partir de 1964 Parti socialiste destourien - PSD).
L'issue de ce fameux congrès, il y a de cela 40 ans, a constitué un tournant décisif dans l'histoire sociale et politique de la Tunisie. Celle-ci venait tout juste de se relever de l'expérience non concluante du collectivisme et de s'engager dans un libéralisme économique qui ira crescendo, doublé en cela d'un durcissement politique néfaste qui aboutiront, le 26 janvier 1976, à une révolte populaire que le pouvoir se chargera de réprimer dans le sang.
Ce tournant décisif dont il est question est le résultat du déroulement dudit congrès qui a déclenché le processus de rupture entre l'université et la classe politique dirigeante. Processus qui connaîtra des développements à caractère conflictuel sachant que le PSD était secoué de l'intérieur par un mouvement réclamant la démocratisation de ses méthodes de travail et de choix de ses cadres et dirigeants. Mouvement qui avait pris forme en avril 1971 à l'occasion de la session de son comité central et qui avait éclaté au cours de son congrès tenu en octobre, soit six mois après, à Monastir, mais qui n'avait pas pu s'imposer, laissant ainsi le champ libre aux tendances dures.
De l'indépendance à la vassalité
Organisé dans une atmosphère chargée, le congrès de Korba a été précédé de plusieurs événements à caractère conflictuel et avait eu lieu après l'apparition d'un sérieux courant indépendantiste au sein de l'Uget par rapport au parti-Etat. Courant qui a été alimenté par le nombre toujours croissant des étudiants se réclamant de la gauche et désireux d'obtenir des positions de décision au sein de l'organisation.
Fondée à Tunis en 1952, devenue légale après son congrès constitutif tenu du 10 au 13 juillet 1953 à Paris, l'Uget a d'emblée participé à la lutte du peuple tunisien pour son indépendance. Cet objectif réalisé à partir du 20 mars 1956, l'Uget a commencé à militer pour plus de liberté et de démocratie dans le pays dont le régime est devenu républicain à partir du 25 juillet 1957 mais qui n'avait pas encore adopté la Constitution tant attendue (ce sera fait le 1er juin 1959). Cela à côté de ses revendications pour une meilleure qualité de l'enseignement et des conditions d'études.
Déjà et lors de son 5e congrès (20-24 août1957), l'Uget avait tenu à proclamer son indépendance vis-à-vis des structures politiques et les élections avaient abouti à l'incapacité du candidat du parti de Bourguiba à s'imposer.
Cela avait poussé les étudiants destouriens à adopter une strategie visant à mettre la main sur l'organisation. Ce qui a été fait lors du congrès de Carthage (28 août - 2 septembre 1961). Chose qui n'a pas empêché les étudiants de la gauche de resserrer leurs rangs et de participer encore plus nombreux au congrès de Bizerte (13-17 août 1962) au sein duquel ils étaient 50 sur 112.
C'est le congrès du Kef (15-20 août 1963) qui va plonger l'Uget dans le cercle vicieux de la dépendance vis-à-vis du parti-Etat et l'allégeance à la personne de Bourguiba, le chef de cet appareil.
Une charte avait été en effet votée dans ce sens et avait permis ainsi à la politique de mise au pas de la société par le parti-Etat de se renforcer, surtout après la décision de Bourguiba de dissoudre la même année le Parti communiste tunisien.
Situation qui a participé à la création en octobre 1963 du Groupe d'études et de l'action socialiste en Tunisie (Geast) plus connu par «Prespectives», le titre de son bulletin.
Mauvaise surprise pour le PSD, en 1966. En marge du congrès tenu en août à Bizerte, les congressistes organisèrent une manifestation contre sa volonté d'imposer son candidat au secrétariat général et afin de réclamer l'élargissement des étudiants arrêtés suite au grabuge ayant accompagné les travaux dudit congrès.
Cette tendance à la relative indépendance vis-à-vis du parti va en se renforçant et s'illustrera sur la scène publique à travers l'opposition des étudiants à la guerre du Vietnam conduite par les Etat-Unis, allié privilégié de Bourguiba.
Toujours en 1967 et suite à l'agression de l'Etat sioniste à l'encontre de ses voisins arabes (à partir du 5 juin), les étudiants prendront part à des manifestations populaires contre cette action. L'un d'entre eux, Mohamed Ben Jennett, sera arrêté puis condamné à 20 ans de travaux forcés.
Obstination du PSD à vouloir tout contrôler, volonté des étudiants à plus d'indépendance, voire à une indépendance totale, la confrontation devenait inévitable.
La confrontation
Le 15 mars 1968, alors qu'un meeting à la faculté des Lettres de Tunis se tenait afin de revendiquer la libération de Ben Jennett, des étudiants destouriens organisèrent une contre-manif. La situation dégénéra en affrontements et permit aux forces de l'ordre d'intervenir. Plusieurs étudiants seront arrêtés et 134 d'entre eux seront traduits devant une cour d'exception créée à cet effet, la cour de sûreté de l'Etat. De lourdes peines seront prononcées au terme de ce jugement, le 16 septembre de la même année.
Entre-temps, le congrès de Menzel Temime (12-17 août 1968) est boycotté par les étudiants de gauche et les congressistes y dénoncèrent les agissements de ceux qui étaient à l'origine des événements de mars 68 (le «Mai 68» des Tunisiens). Deux listes relevant du PSD s'affrontèrent cependant en vue de siéger au bureau exécutif (pseudo-détente).
La scène estudiantine devait s'enflammer de nouveau le 9 février 1970 à l'occasion de la visite en Tunisie du secrétaire d'Etat américain. Un meeting houleux eut lieu à la Bourse du travail à Tunis avec pour objectif de dénoncer la politique étrangère de l'Oncle Sam. S'ensuivirent une marche en direction du consulat américain puis une confrontation avec les forces de l'ordre puis des arrestations parmi les étudiants.
Cette même année verra plusieurs autres frictions, telles que le refus du bureau de l'Uget de dénoncer et de dénigrer Ahmed Ben Salah, artisan de la politique du collectivisme, limogé par Bourguiba en novembre 1969 et qui sera traduit un peu plus tard devant la justice. Telle que la colère de Bourguiba suite à l'absence des représentants des étudiants à la cérémonie de la fête de la République le 25 juillet 1970 (selon eux, ils n'y avaient pas été invités et selon Bourguiba il s'agissait d'un complot). Telles aussi plusieurs grèves, la plupart contre «la politique sélective».
En 1971, les grèves éclataient un peu partout dans les facultés et la tension était élevée au sein du bureau de l'Uget sur fond d'intervention du PSD et de son ingérence. La crise éclata le 14 avril 1971, lorsque Aïssa Baccouche, le S.G de l'Uget, ainsi que deux autres membres du bureau annoncèrent leur démission.
C'est donc dans cette atmosphère chargée que se tiendra le fameux congrès de Korba entre les 12 et 20 août 1971.
Le «putsch» et le mouvement de février 1972
Trois principaux courants formaient ainsi le congrès: les destouriens, les communistes et l'extrême gauche, soit 175 congressistes. Mais parmi les destouriens, il y avait ceux qui prônaient l'indépendance de l'organisation vis-à-vis du parti et qui voulaient rétablir le S.G démissionnaire face au candidat du parti, Habib Chaghal.
Les débats à propos de la motion politique tournaient eux aussi autour du principe de l'indépendance de l'organisation. Entre-temps, les coulisses connaissaient une fièvre sans égale à propos de celui qui va diriger le bureau. Et les deux courants destouriens entrèrent en conflit (ce qui explique entre autres l'étirement du congrès, dépassant ainsi les quatre jours programmés). Cela nécessita le déplacement à Korba de plusieurs responsables politiques (ministres et cadres du PSD) et même une réunion interne au siège de la délégation de la localité. 
Résultat: un imbroglio dans le déroulement du congrès dont les travaux ont duré plus que prévu avec poursuite des délibérations en l'absence du président du congrès et de l'un de ses adjoints par le 1er vice-président dudit congrès. Celui-ci accepta une motion demandant de passer directement au vote (émanant de l'aile inféodée au PSD). D'où l'élection d'un comité directeur considéré non légitime par le reste des congressistes (105). Ces derniers qui formaient la majorité ont crié au putsh et considéré les travaux non encore achevés, car la séance était non réglementaire et les motions non encore votées.
Ainsi l'organisation s'est retrouvée en crise avec à sa tête un bureau dénué de toute légitimité.
De retour aux amphis, les étudiants avaient commencé alors à s'activer pour mettre fin à cette monstrueuse irrégularité et pour rétablir la légitimité et avaient décidé d'organiser un congrès extraordinaire à cet effet.
Rendez-vous avait alors été pris le 2 février 1972 à la faculté de Droit et des Sciences économiques de Tunis, pour concrétiser cet objectif malgré le refus par le gouvernement de cette décision des masses estudiantines. Celles-ci avaient pourtant essayé de négocier avec lui par le biais de ses délégués à elles au niveau des institutions universitaires.
Mais à l'issue de ce congrès extraordinaire le 5 février, et constatant que les congressistes allaient élire un bureau légitime, le gouvernement et le PSD avaient décidé de mettre fin à cette instance à l'aide d'une intervention musclée suivie d'arrestations.
Ainsi le divorce entamé en 71 fut consommé en février 72 avec déclenchement de manifestations houleuses et des grèves ayant même touché les lycées. L'université sera fermée jusqu'en avril et le mouvement estudiantin devint presqu'entièrement anti-PSD et à caractère révolutionnaire. C'est la naissance du fameux mouvement de février 1972 qualifié de «glorieux».
Ce n'est qu'en 1988 que le 18e congrès extraordinaire eut lieu. Cela sans compter la montée en puissance des étudiants du PSD qui devient la même année le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et leur retour en force à partir du début des années 1990 et de leurs méthodes clientélistes et l'instauration du corps de la police universitaire. Aujourd'hui, l'Uget est encore en crise et peine à se relever.


Un 4e pouvoir à institutionnaliser

Information et communication
Foued ALLANI La Presse de Tunisie : 03 - 09 - 2011

…selon le grand écrivain et intellectuel le Pr Béchir Ben Slama
C'est un vrai 4e pouvoir que préconise le Pr Béchir Ben Slama en parlant des médias et non la consécration d'un cliché qui leur a toujours collé. Un pouvoir exercé par un Parlement élu à cet effet comme devrait le stipuler la nouvelle Constitution, les médias étant le support permettant à la fonction culturelle de l'Etat de s'affirmer et de jouer pleinement son rôle, comme l'a précisé l'auteur de cette idée.
Dans une conférence donnée récemment à Tunis, du haut de la tribune de la Fondation Temimi pour la recherche scientifique et l'information, le grand écrivain, intellectuel et ancien ministre de la Culture (gouvernement Mzali), a expliqué le pourquoi et le comment de ce projet d'institutionnalisation du 4e pouvoir par le biais de la future Constitution qui fondera la seconde République. Nous avons eu un entretien avec lui à propos de sa proposition. Ci-après, l'essentiel des propos du Pr Ben Slama.
Appelant à rompre avec l'utilisation du concept de 4e pouvoir en tant que cliché remodelable selon le moment, l'orateur propose de donner un sens et une forme à ce pouvoir.
Exigence devenue aussi urgente que vitale afin de consacrer les valeurs universelles prônées par la révolution du 14 janvier 2011 les mêmes qui ont été à plusieurs reprises confisquées depuis l'époque ayant vu la promulgation du Pacte fondamental (1857), la promulgation de la Constitution de 1861 puis celle de 1959. A chaque fois, deux courants étaient confrontés l'un à l'autre, le moderniste et le conservateur. D'où à chaque fois reprise à zéro, déplore le Pr Ben Slama.
«C'est à un vrai 4e pouvoir efficace, à l'image des trois pouvoirs existants et possédant la même puissance qu'eux, que j'appelle», explique le Pr Ben Slama.
Et l'orateur d'essayer de répondre au «comment» grâce au trois questionnements suivants : «quoi ?» (qu'est-ce que ce 4e pouvoir ?), de quoi (ou de qui ?) sera-t-il fait et quelle sera sa mission ?
Un pouvoir à définir
Qu'est-ce que le 4e pouvoir ? Une question longuement analysée par notre interlocuteur dans ladite conférence. Parlant de la nécessité de deux fonctions essentielles à l'équilibre au sein de l'Etat, la fonction politique et la fonction intellectuelle, l'orateur explique qu'il arrive que les intellectuels tentent de prendre le pouvoir et de vouloir ainsi appliquer leurs idées, même aux dépens des valeurs qu'ils prônaient. Le bloc socialiste en a donné un exemple au détriment des peuples et de leurs intérêts. D'où la nécessité de l'équilibre entre les deux fonctions déjà citées et que l'on retrouve plus ou moins bien réalisé dans les pays démocratiques.
La presse a joué un rôle prépondérant dans le système culturel des démocraties au tout début de leur évolution en ce sens qu'elle exerçait une fonction critique très claire sur fond de liberté de l'expression et a été ainsi qualifiée de 4e pouvoir.
C'est en évoluant vers plus d'informations factuelles aux dépens de la critique que la presse a sombré dans les problèmes ballottée en cela entre la puissance de l'argent et la puissance publique. Cette perte de son indépendance a ainsi fait perdre à la presse son statut de 4e pouvoir. D'où le déséquilibre constaté fait noter notre interlocuteur.
En perdant ce statut, la presse l'a en fait légué au secteur de l'information et de la communication devenu une arme quasi-absolue du fait de la complexité de la vie publique et de l'affaiblissement des pouvoirs législatif et exécutif.
Ainsi, le 4e pouvoir est constitué de tous moyens d'information et de communication auxquels viennent s'ajouter les associations culturelles. Un pouvoir à libérer de l'hégémonie de l'exécutif mais aussi de l'argent afin qu'il puisse devenir le support des valeurs constructives pour le bien de tous. Cela ne peut être possible qu'en concrétisant ce pouvoir au sein d'un vrai Parlement à cet effet.
Démocratiquement élu
pour lutter contre les dérives
De qui sera composé le Parlement représentant le 4e pouvoir. Le Pr Ben Slama propose la création d'une structure élue. Ses membres parviennent eux aussi des instances dirigeantes élues des associations représentant la culture, les arts, les médias, la jeunesse, les conseils culturels régionaux, etc. La parité homme-femme devant être la règle.
Des lois devront être adoptées en vue de bien organiser ces élections ainsi que la bonne marche du Parlement.
Quant à la mission de ce Parlement, elle consiste d'abord, selon notre interlocuteur, à examiner les chapitres consacrés à la culture et à l'information dans les plans de développement, à discuter les projets de loi proposés par l'exécutif, surtout ceux ayant trait à la culture et à l'information.
Ledit Parlement devra jouer un rôle décisif dans la lutte contre les dérives totalitaires, en œuvrant à l'indépendance des médias et à lutter contre toutes les structures qui voudraient avoir la main-mise sur les moyens d'information et de communication.
Contre ces dérives, le Parlement veillera aussi à ce que l'Etat n'essaye pas de phagocyter la société civile et n'essaye pas de transformer son idéologie en un dogme à imposer à tous y compris aux intellectuels et hommes de culture.
Ce 4e pouvoir aura également pour mission de participer à la lutte contre la crise civilisationnelle. Celle dont est victime le monde arabe est spécialement nocive pour la jeunesse. Cela deviendra possible grâce à de nouvelles méthodes éducatives donnant une place de choix à la culture et non se contenter de transmettre des connaissances.
Un vaste programme qui ne pourrait être concrétisé que grâce à l'institutionnalisation du 4e pouvoir lui permettant ainsi son vrai rôle critique et de régulation, conclut le Pr Béchir Ben Slama.


Prévention, passer à la vitesse supérieure

Réunion hier du Conseil national de la sécurité routière

 

• Plusieurs mesures concrètes adoptées
Débats intéressants et recommandations qui le sont aussi. La session du Conseil national de la sécurité routière, tenue hier au siège du ministère de l'Intérieur et présidée par le titulaire du portefeuille, s'est déroulée sous le signe du concret.
Non seulement les huit propositions de l'Observatoire national pour la sécurité routière (Onsr) ont été adoptées, mais aussi d'autres propositions émanant des représentants des membres de cette instance consultative et de coordination qu'est ledit conseil. Avec, disons-le tout de suite, l'absence remarquée du représentant du ministère de l'Equipement, l'un des principaux responsables de la sécurité routière. Des éclaircissements sont, en effet, restés en suspens à cause de cette défaillance non justifiée (et ne peut en aucun l'être, impardonnable !).
Quant aux huit propositions de l'Onsr adoptées à l'issue de la session, elles se déclinent comme suit :
• Création d'une bibliothèque numérique des procès-verbaux des accidents de la circulation.
• Mise au point d'indicateurs pratiques en sécurité routière pouvant faciliter la conception de plans d'action efficaces.
• Manifestation d'information de communication et d'éducation clés en main afin de faciliter la tâche aux associations.
• Organiser l'ouverture de la campagne «Vacances en sécurité» sur toutes nos routes au lieu d'une méga-manifestation officielle en un seul lieu.
• Possibilité de création d'un master de sécurité routière.
• Charger un bureau d'études spécialisé pour la conception d'un projet de stratégie nationale de sécurité routière qui couvrira la période allant jusqu'à 2020.
• Développement du contrôle des routes et voies de circulation par l'enregistrement automatique des contraventions.
«Moins d'accidents dans les plus brefs délais»
«Notre objectif est de limiter les accidents de la circulation, surtout les graves parmi eux et dans les plus brefs délais». C'est ce qu'a fait remarque M. Ali Laârayedh, ministre de l'Intérieur, dans son allocution d'ouverture, se félicitant que la mise au point d'une stratégie nationale de sécurité routière est en cours.
Rappelant que rendre nos routes plus sûres est un droit pour chaque Tunisien et une condition pour le progrès et le développement, le ministre a insisté sur le fait que cette mission est un partenariat entre plusieurs organismes et intervenants.
Elle nécessite donc une bonne coordination ainsi qu'une fructueuse coopération. Il ne cachera pas plus tard son inquiétude face aux statistiques alarmantes faisant de notre pays celui détenant le plus triste record dans ce volet bien précis. 1.485, c'est le nombre de décès enregistrés en 2011 sur nos routes dus à 8.509 accidents ayant par ailleurs fait 12.653 blessés.
Tout pour un coût d'environ 400 millions de dinars, c'est pour cela, a-t-il déclaré, que trois grands types d'actions sont prioritaires: renforcer l'information et la communication dans ce domaine, renforcer les sanctions avec comme angle leur aspect éducatif, les pays les plus avancés sont très stricts côté sanction et sont de loin plus sévères que nous, et enfin renforcer le système de secours en cas d'accident, de façon à ce qu'il soit plus rapide et plus efficace.
Le ministre a, par ailleurs, repris toutes les recommandations issues des débats et promis de les prendre en compte.
Auparavant, M. Jalel Ghedira, directeur général de l'Onsr, organisme chargé du secrétariat permanent du conseil, avait présenté le résumé d'une étude statistique préparée par l'Onsr et les huit propositions déjà citées. Il a, par ailleurs, indiqué que 155 points ont été identifiés sur nos routes. 33 d'entre eux vont être traités comme première tranche avec une enveloppe de 20 millions de dinars.
Une implication beaucoup plus franche des TV dans l'effort de communication, des campagnes permanentes pour le port du casque pour les motocyclistes, l'obligation du port de la ceinture de sécurité partout, obligation d'une formation aux premiers secours pour passer le permis de conduire, procéder à des amendements nécessaires du Code du travail, obligation du repose-tête pour les passagers des véhicules, instauration de la Journée mondiale de sécurité routière, et obligation de l'utilisation d'un tachygraphe pour les voitures de location. Ce sont là les principales propositions issues de la réunion. Propositions qui ont été toutes saluées avec une mention spéciale pour une intervention urgente contre l'utilisation du téléphone portable au volant, comportement très dangereux devenu hélas endémique.


L'honneur rétabli par le sang

15 octobre 1963, départ du dernier soldat étranger
 
Après avoir recouvré, le 20 mars 1956, son indépendance, la Tunisie n'acceptait guère que sa souveraineté puisse rester amputée à cause de la présence de soldats français sur son sol
Il a fallu que le peuple tunisien consente d'énormes sacrifices, beaucoup de sang, de patience et d'énergie pour qu'il puisse conquérir sa pleine souveraineté après avoir chèrement acquis son indépendance le 20 mars 1956.
Le 15 octobre 1963, soit il y a 48 ans jour pour jour, ces sacrifices portèrent leurs fruits. Le dernier soldat français quittait en effet le sol tunisien depuis le port de Bizerte après plusieurs batailles politiques, diplomatiques et militaires dont certaines sont restées célèbres telles que celle de Remada (26 mai 1958) et celle de Bizerte (19-23 juillet 1961).
En acceptant de signer les accords mettant fin à 75 années d'occupation (12 mai 1881-20 mars 1956), la France tenait toutefois à garder une certaine présence militaire sur notre sol. Ce qui lui a été accordé en vertu de certaines clauses, la politique des étapes prônée par le mouvement national, surtout les partisans du leader Habib Bourguiba, oblige.
Ce que refusait catégoriquement, et depuis les accords du 3 juin 1955 dits de l'autonomie interne, une partie des militants, à leur tête le leader Salah Ben Youssef, qui dénonçaient ces choix et s'activaient à la fois contre la position bourguibienne et pour la poursuite de la lutte armée contre la France dans le Maghreb d'une façon générale.
Cela poussa Bourguiba, devenu le 11 avril 1956 premier président du Conseil des ministres de l'indépendance, à déclarer à la presse que la présence militaire de la France en Tunisie n'est qu'une affaire de temps et que celui-ci sera assez court pour ne pas compromettre la souveraineté nationale. Celle-ci a été rendue au peuple le 25 mars 1956 grâce à l'élection au suffrage universel libre et secret d'une Assemblée constituante qui, au bout de quelques mois (le 25 juillet 1957), décida d'abolir la monarchie et de faire de la Tunisie une République basée sur le principe de la séparation des pouvoirs.
La politique des «barrages» ouvre la voie
Mais le départ des Français le 15 octobre 1963 ne se fit pas spontanément, comme déjà dit. Plusieurs événements sanglants ont présidé à ce processus au cours duquel la France n'a pas manqué de faire montre d'un comportement belliqueux sans équivoque, exacerbé en cela par la guerre féroce qu'elle menait au peuple algérien frère depuis l'avènement de sa révolution nationale le 1er novembre 1954 et jusqu'aux accords dits d'Evian le 18 mars 1962 qui mirent fin aux combats. Révolution que la Tunisie soutenait à visage découvert et qui lui coûta plusieurs agressions sanglantes telles que l'attaque par l'armée française le 1er juin 1957 de la région de Aïn Drahem-Souk Lerbaâ (Jendouba) au cours de laquelle M. Khemaïs El Hajri, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, perdit la vie, et l'agression par l'aviation française du village tunisien près de la frontière avec l'Algérie de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958 (74 morts dont 22 enfants et 11 femmes ainsi que 102 blessés). Un acte barbare, lâche et criminel car visant des civils regroupés sur la place du souk hebdomadaire, des écoliers en classe et des voitures humanitaires (Croix-Rouge internationale et Croissant-Rouge tunisien).
Déjà et même avant l'attaque du 1er juin 1957, le gouvernement instaura la politique dite «des barrages» afin d'empêcher le déplacement des troupes françaises en Tunisie et somma, après cette dernière agression, le commandement militaire français en Tunisie de ne plus quitter les casernes. Une requête fut également adressée dans ce sens au gouvernement français à Paris.
De Remada à Bizerte
Décision fut prise alors de donner l'ordre aux résistants de rendre la vie dure aux éléments de l'armée française, surtout ceux basés dans le Sud du pays. Plusieurs escarmouches eurent lieu et les troupes françaises ses retrouvèrent obligées de se replier à l'extrême-sud du pays. Là-bas, elles n'arrêtèrent pas de provoquer et même d'attaquer des patrouilles de l'Armée nationale. Le 26 mai 1958, un détachement de l'Armée nationale soutenu par des résistants (47 au total dirigés par le chef Mosbah Jarbou) attaqua la base de Remada à l'extrême-sud du pays et lui infligea des pertes sérieuses qui décidèrent le commandement français à réclamer l'aide de l'aviation française basée en Algérie. Plusieurs martyrs tombèrent ce jour-là au champ d'honneur dont le chef des résistants Mosbah Jarbou et plusieurs civils à cause de l'anarchie des bombardements.
Harcelée par les problèmes dus à son entêtement à vouloir mater la révolution algérienne, la France menait à cette époque-là une guerre au cours de laquelle elle bafoua en long et en large le droit humanitaire dans ce pays frère. Elle poursuivait en même temps un course folle pour devenir une puissance nucléaire. Pour elle, Bizerte était une pièce maîtresse de son échiquier stratégique et elle ne voulait rien entendre à son sujet.
La rencontre entre le président Bourguiba et le général de Gaulle, chef de l'Etat français, le 26 février 1961, à Rambouillet, en France, ne permit d'aboutir à aucun accord à propos de Bizerte. Toujours sous les critiques sévères du mouvement youssefiste, très actif à l'extérieur du pays, Bourguiba chercha à forcer la main à la France en utilisant, comme il l'a déjà fait plusieurs fois, l'arme de la mobilisation populaire puis de la pression internationale. Profitant de l'empiètement de l'armée française sur un terrain hors de la base, Bourguiba lança, fin juin 1961, la mobilisation de la population pour un large mouvement contestataire et prononça le 17 juillet à l'Assemblée nationale un discours incendiaire contre la France.
Le 19 juillet, alors que les manifestants affluaient de plusieurs régions du pays, l'armée française reçut l'ordre de De Gaulle de réagir brutalement et sans merci. Des centaines de martyrs tombèrent et l'armée nationale, non préparée à cette attaque, riposta tant bien que mal, mais ne put arrêter le massacre des civils par l'aviation française qui utilisa les bombes au napalm prohibées et lança ses paras contre les habitants de la ville jusqu'à chez eux.
La France ne récolta que la honte et le déshonneur suite à son forfait et une défaite diplomatique à l'ONU, cessa le feu le 23 juillet et garda la base de Bizerte. Bourguiba choquera l'opinion publique nationale en déclarant le 8 septembre qu'il acceptait le principe de la négociation, après l'avoir refusé et clairement rejeté plusieurs fois, y compris devant le Congrès américain le 4 mai 1961 à Washington.
Des festivités grandioses
Le 29 septembre 1961, un accord fut signé entre la Tunisie et la France en vertu duquel les troupes françaises étaient tenues de retourner à leurs bases de départ.
Après plusieurs mois de tension et d'hostilités, y compris les quelques jours de guerre, la France et la Tunisie rétablirent le 20 juillet 1962 leurs relations diplomatiques. La veille, de Gaulle informa Béhi Ladgham, à l'époque ministre de la Défense, de son intention de donner ses instructions pour l'évacuation de la base de Bizerte.
Le 15 octobre 1963, à 15h15, le dernier soldat français quittait le sol tunisien au cours d'une cérémonie solennelle qui sera suivie de manifestations de liesse populaire. Béhi Ladgham sur place téléphona à Bourguiba pour lui annoncer la nouvelle après avoir hissé le drapeau national sur la base.
Ce n'est que le 13 décembre de la même année que des festivités grandioses furent organisées à Bizerte pour marquer l'événement. Fêtes auxquelles participèrent le président égyptien Jamel Abdennasser, le président algérien Ahmed Ben Bella et le Prince héritier de la Libye Mohamed Erridha Snoussi.
Le 12 mai 1964, Bourguiba ratifia la loi sur la nationalisation des terres agricoles occupées jusque-là par les colons français, mettant ainsi fin aux vestiges d'une présence française autre qu'amicale. Son geste, il le concrétisa sur la même table qui, le 12 mai 1881, servit à la signature du fameux traité dit du Bardo, donnant ainsi un double sens à son acte.

Le premier printemps tunisien

Spécial : Evénements du 9 avril 1938
Foued ALLANI La Presse de Tunisie : 09 - 04 - 2012

• Quand le peuple s'est soulevé en masse pour réclamer son droit, la souveraineté
Ce jour-là, le sang de dizaines de Tunisiens coula à flots, et la lutte pour l'indépendance de la Tunisie prit un tournant décisif.
Dans les rues de Tunis, ils se sont rassemblés, ce samedi 9 avril 1938, pour exprimer leur ras-le-bol à l'encontre de l'occupation française, son appareil destructeur et ses décisions abusives au lendemain d'une gigantesque manifestation et d'une effervescence sans précédent sur l'ensemble du territoire du pays. Evénements qui avaient donné son poids au peuple comme véritable force de revendication et de lutte pour la liberté et la dignité et comme vrai détenteur de la souveraineté.
Car, ce vendredi 8 avril de la même année, le peuple avait exprimé haut et fort qu'il voulait «un parlement tunisien», «un gouvernement national» et qu'il était décidé à «abolir les privilèges» (traduire des colons et autres serviteurs de la colonisation).
Les événements de ce printemps 1938 ont ainsi révélé la détermination d'un peuple qui voulait vivre dignement, libre dans son pays. Ils ont discrédité la puissance coloniale car ayant assassiné des civils sans armes venus manifester et exprimer des revendications légitimes.
Ces événements ont, par ailleurs, consacré le Néo-Destour (issu de la scission du 2 mars 1934 au sein du Destour) comme dynamo efficace de ce mouvement de colère devenu depuis un vrai mouvement national bien structuré et bien discipliné. Ils consacrèrent aussi la position des représentants de l'aile dure de ce parti et ses jeunes leaders tels que Habib Bourguiba, Salah Ben Youssef, Mongi Slim, Ali Belhaouane, Youssef Rouissi, Slimane Ben Slimane, Hédi Nouira, etc. Ils confortèrent le Dr Mahmoud Materi qui avait démissionné quelques semaines plus tôt de son poste de président du Néo-Destour (le 1er janvier 1938) en homme de grande sagesse doublé d'un humaniste hors pair à la rectitude exemplaire.
Les événements d'avril 1938 ont mis en valeur le rôle de la femme dans cette lutte et permis au Néo-Destour de prendre la tête du mouvement national malgré la dure répression qui s'abattit sur ses dirigeants, et à Bourguiba d'affirmer son leadership sur le parti.
Finie la peur
Le printemps 38 était donc le déclencheur du processus qui a abouti à l'indépendance le 20 mars 1956, mais aussi le socle de cette souveraineté du peuple qui s'est exprimé le 25 mars de la même année grâce à l'élection au suffrage universel (relatif car les femmes y étaient exclues), libre et secret de la Constituante. C'est-à-dire ce parlement et ce gouvernement national qui en est issu et qui ont pu procéder à une réforme de fond en comble de la société et de l'Etat et de proclamer le 25 juillet 1957, soit en l'espace de moins de 20 ans, la République.
Ce printemps, le peuple n'avait plus peur et son soulèvement était massif. Il n'avait pas accepté l'arrogance du colonisateur et décida de le défier.
Après une légère embellie due à l'accession au pouvoir à Paris en 1936 du Front populaire, le ciel de la vie publique commença en effet à s'assombrir en Tunisie. L'été 37 fut donc orageux et l'automne tonitruant puisque le congrès du Néo-Destour tenu fin octobre à Tunis décida, en réaction à la politique de musellement du mouvement national, de retirer à la France «le préjugé favorable» qu'il lui avait auparavant accordé.
L'hiver 38 s'annonça sanglant. Sept morts à Bizerte le 8 janvier, tués par les forces de l'ordre alors qu'ils manifestaient. Le pays s'enflamme lentement, mais sûrement, attisé par la tournée des leaders qui appelaient à l'affrontement avec les autorités coloniales et faisaient l'éloge du martyre.
La désobéissance populaire commençait à prendre forme et les élèves de Sadiki y prirent part. Interdit le 10 mars de donner une conférence, Ali Belhaouane, professeur audit collège, la donne quand même le 12, défiant ainsi le pouvoir. Il sera suspendu le 25 mars de ses fonctions. C'est la grève du prestigieux collège.
Belhaouane affublé du statut de «leader de la jeunesse» s'illustrera deux fois au cours des événements des 8 et 9 avril. D'abord en conduisant l'une des deux manifestations du 8 décidée par le Néo-Destour (une grève générale a été également décidée. La seconde manifestation sera conduite par Mongi Slim).
Ensuite en déclenchant un attroupement houleux à Bab Bnet le 9, devant le Palais de Justice, car convoqué à comparaître devant le juge d'instruction pour son rôle dans la mobilisation du peuple la veille.
Les balles partirent ce jour-là et des martyrs tombèrent pour que vive la Tunisie. 22 selon un bilan officiel (en plus des 150 blessés) et près de 200 selon le Néo-Destour. Dix femmes seront arrêtées et se verront infliger des peines allant de 15 à 30 jours de prison. Cela à côté des milliers de leurs concitoyens masculins.
Alité, Bourguiba avait ce jour-là souhaité qu'il y eût ce carnage car, selon lui, «il faut que le sang coule pour qu'on parle de nous», avait-il répondu, énervé, au Dr Materi venu lui rendre visite.
Le sang coula donc. Et quand des jeunes du parti vinrent l'après-midi du 9 l'en informer, Bourguiba leur dit d'aller montrer les martyrs aux chancelleries et aux ambassades.
Impossible, car le soir l'état de siège fut décrété.
Revenons à ce début d'avril au cours duquel les dirigeants du Néo-Destour ratissèrent le pays pour mobiliser le peuple, déjà exaspéré par tant d'injustice et de promesses officielles non tenues. Asphyxié par la misère et l'oppression, le peuple n'attendait qu'un signal fort pour agir. Sans aucun effet positif sur la situation, la mission de Bahri Guiga, l'émissaire du Néo-Destour auprès du Quai-D'Orsay finit par rameuter les plus hésitants.
Les arrestations des dirigeants déjà cités commencèrent et le résident général français Armand Guillon essaya de faire avorter les manifestations prévues les 8 et 10 avril. Grâce à son prestige resté intact, le Dr Materi put intervenir le 8 auprès des manifestants pour qu'ils se contrôlent et tout se passa bien.
Intransigeant, Bourguiba s'entêta pour que le mouvement soit poursuivi. Craignant une hécatombe et conscient de la volonté de l'autorité coloniale de sévir, le Dr Materi essaya d'infléchir le raz-de-marée. En vain. En rendant visite à Bourguiba, une discussion historique eut lieu entre les deux leaders au cours de laquelle ce dernier exprima son souhait évoqué plus haut de voir le sang couler.
Pour le Dr Materi, ce sang serait gratuit et la répression coloniale risquerait de priver le mouvement national de ses leaders, ce qui conduira à son affaiblissement. Certains lui donnèrent raison, d'autres tort.
Bourguiba sera arrêté le lendemain et le Dr Materi ne dit rien sur l'histoire du sang afin d'épargner son compagnon de lutte malgré les divergences de points de vue. Et le 12, le Néo-Destour fut dissous.
Déportés et embastillés à fort St-Nicolas, les leaders ne seront libérés qu'en décembre 1942. Après la fin, en 1945, de la Seconde Guerre mondiale, le Mouvement national prendra alors une dimension internationale et la cause tunisienne ainsi que la décolonisation seront inscrites à l'ordre du jour de la communauté mondiale. Mais le peuple tunisien se retrouvera plusieurs fois dans la rue pour protester ou dans les montagnes pour combattre. Il aura alors comme galons ce fameux printemps.


Contre l'obésité, l'efficacité de l'effort physique

Dr Latifa Beltaïfa, Prix Sanofi-Aventis de recherche médicale 2011

Le régime ne suffit plus à lui seul pour lutter contre le surpoidsa
Encore un rendez-vous de la femme avec la science et du côté de l'excellence s'il vous plaît.
Le prix Sanofi-Aventis de recherche médicale pour 2011 a été en effet décerné, fin novembre dernier, à Mme Latifa Beltaïfa, docteur en Sciences biologiques et Nutritionniste à l'Institut national de nutrition et de technologie alimentaire (INNTA) pour son travail sur l'obésité. Il a été décerné à l'intéressée ainsi qu'à l'équipe du Laboratoire «Optimisation et Performance sportive» du Centre de médecine et des sciences du sport de Tunis (CNMSS), pour le travail intitulé : “Walk-run transition speed training as an efficient exercise adjunct to dietary restriction in the management of obesity : A prospective intervention pilot study » soit en français «l'utilisation de l'entraînement par la marche à la vitesse de transition comme exercice efficace associé à la restriction alimentaire dans la gestion de l'obésité : Etude pilote, prospective et d'intervention». Il s'agit d'une étude qui compare l'effet du régime alimentaire et de l'activité physique chez des femmes tunisiennes pendant une période d'une année. Aussi bien le programme alimentaire que le programme d'activité physique étaient personnalisés et individualisés. Comme à l'accoutumé, ce prix a été évalué par des sommités dans le domaine de la Santé et de la Médecine. Recherche qui vient d'être publiée dans un journal international spécialisé. Interview
En quoi se résume cette recherche ?
Nous avons d'abord besoin de placer cette étude dans son contexte national et international.
L'obésité devient aujourd'hui de plus en plus fréquente dans le monde. Même les pays en développement ou émergeants n'y ont pas échappé, telle la Tunisie. Elle touche beaucoup plus les femmes que les hommes. D'où cette intervention sur les femmes.
Bien sûr, l'obésité doit être considérée aujourd'hui comme une maladie à part entière, elle est également une des principales causes d'autres maladies telles que les maladies coronariennes, l'hypertension, l'accident vasculaire cérébral, le diabète de type 2 ou encore certains cancers. Par exemple, d'après l'OMS, en l'an 2000, 175 millions de personnes dans le monde étaient atteintes de diabète de type 2 dont 80% étaient en surpoids. Donc agir c'est aussi prévenir.
Différentes causes et étiologies la caractérisent, elle est multi-causale. Mais les causes les plus étroitement liées à l'obésité et connues généralement par tout le monde sont le déséquilibre énergétique : soit consommer plus que ses besoins et être sédentaire ou très peu actif.
D'habitude, les gens croient énormément aux régimes pour la prise en charge du surpoids et de l'obésité. Certes, les thérapies alimentaires sont très efficaces au début d'une prise en charge de contrôle de poids. Mais aujourd'hui le temps n'est plus au régime seul mais à une prise en compte d'un mode de vie tout en entier dont l'activité physique reste une des pierres angulaires.
Un autre détail intéressant, différentes études récentes ont montré les limites des régimes alimentaires restrictifs. Le meilleur a une durée de vie de 6 mois. Donc a partir de 6 mois, il faut penser à associer au programme alimentaire un programme d'activité physique. D'autant plus que d'autres recherches ont montré l'association régime et activité physique peut permettre une certaine compensation et il a été même décrit que les femmes compensaient quand elles suivent une thérapie alimentaire associée à l'activité physique. C'est pour cette raison que nous avons séparé la phase programme de restriction alimentaire du programme activité physique par la marche à la vitesse de transition et l'activité physique a été ajoutée après 6 mois de régime.
Selon différentes recherches, les obèses préfèrent marcher à des vitesses qui leur font économiser de l'énergie. Qu'en pensez-vous ?
Toutes les recherches évaluant l'activité physique chez les personnes obèses montrent que ces gens, en général, préfèrent ne pas bouger beaucoup. La marche pourrait leur être bien appropriée et ses bénéfices ne sont plus à démontrer. Cependant, les obèses préfèrent marcher à des vitesses qui leur font économiser de l'énergie. Jusque-là, pas mal de chercheurs ont défendu la marche lente, d'autres ont défendu la marche fractionnée c'est-à-dire une marche rapide suivie d'une marche lente chez les obèses, mais notre recherche a défendu la marche à la vitesse de transition. Il a été démontré que le coût énergétique est plus élevé pour la marche à la vitesse de transition que pour la marche simple et lente chez les personnes obèses et de poids normal même. Encore plus, l'effort demandé pour effectuer une marche à la vitesse de transition est plus important chez les obèses que chez les personnes de poids normal.
Alors, en se basant sur les données de la littérature, l'objectif de cette étude a été d'étudier l'utilité et la faisabilité d'un programme ou d'une intervention associant la marche à la vitesse de transition à un programme alimentaire personnalisé.
Donc à chacun sa vitesse de transition ?
La vitesse de transition c'est la petite vitesse à la marche avant de commencer la course. C'est une vitesse qu'on mesure individuellement aujourd'hui. Cette vitesse était décrite dans la littérature comme celle pour laquelle les coûts énergétiques sont identiques ou très voisins de la course même. Mais on ne l'a jamais utilisée dans un programme long ou une intervention de ce genre. Ce qu'on craignait c'est que les personnes en surpoids et obèses n'arrivent pas à s'y faire, alors que nos résultats ont montré qu'on peut bien l'adopter et même l'améliorer.
En d'autres termes, il y a un changement qui s'opère dans une zone critique à l'intérieur de laquelle la consommation énergétique associée au déplacement en marchant ou en courant sont très proches. Il se produit dans cette zone un renversement intéressant puisqu'à une certaine vitesse, la marche occasionne une consommation d'énergie inférieure à la course, puis, pour une augmentation minime de la vitesse du déplacement, c'est la marche qui devient «plus coûteuse en énergie» : c'est la marche à vitesse de transition, c'est la transition entre la marche et la course. Nos participants ont eu une adaptation à cette vitesse et ont opté spontanément pour l'améliorer.
Les résultats de cette étude étaient intéressants puisque quand on a ajouté la marche à la vitesse de transition à un programme alimentaire, on a remarqué beaucoup d'avantages et d'amélioration concernant la perte du poids, le profil lipidique (tel que la baisse du cholestérol, les triglycérides, l'augmentation du bon cholestérol...), certaines hormones telles que l'insuline et la leptine et sur la qualité de vie des femmes obèses tunisiennes.
Certes, certaines de ces vérités sont bien démontrées aujourd'hui tels que l'effet de la restriction alimentaire ou celui de l'activité physique ou celui des deux à la fois sur les différents paramètres cités. Ce que cette étude a apporté de nouveau c'est que si on accélère un peu sa vitesse de marche, on bénéficie de beaucoup d'avantages pour sa santé. Donc, l'entraînement physique avec la marche à la vitesse de transition s'est avéré d'un apport important en matière de perte de poids et surtout de perte de masse grasse, d'amélioration des paramètres lipidiques, d'aptitude physique...
Un tel programme pourrait donc être recommandé pour son faible coût et son côté pratique, car la restriction énergétique et la marche soutenue à la vitesse de transition sont à la portée de la plupart des gens
 
par Foued Alleni

شارك

Twitter Delicious Facebook Digg Stumbleupon Favorites More