Science et conscience


Foued ALLANI La Presse de Tunisie : 01 - 08 - 2011

• Pour eux, le jeûne est formellement interdit
Le jeûne de Ramadan est formellement interdit par la religion mais aussi selon les données scientifiques et médicales, aux enfants, aux vieillards, aux femmes allaitantes et à tous ceux présentant certaines pathologies aiguës ou chroniques diagnostiquées par le médecin traitant ainsi que lors d'états physiologiques bien précis. Les voyageurs sont eux aussi invités, toujours selon la religion, à ne pas observer le jeûne . Idem pour les femmes enceintes.
Le jeûne est strictement interdit aux diabétiques insulino-dépendants, aux personnes souffrant d'insuffisance rénale, même légère , à celles souffrant d'un ulcère gastro-duodénal et aux polymédiqués. Car pour ces derniers, les prises médicamenteuses (plusieurs médicaments) doivent être obligatoirement réparties sur toute la journée.
Ceux souffrant d'un état fébrile , ceux sujets à une gastro-entérite aiguë et ceux sujets à une poussée hypertensive ne doivent pas , eux aussi, jeûner (besoin très élevé en eau).
Les spécialistes rappellent qu'il est formellement interdit à une femme enceinte de jeûner au cours du deuxième trimestre de sa grossesse.
En général, il devient strictement interdit de jeûner pour une personne donnée, selon la religion, dans tous les cas où le médecin traitant juge que l'état de santé de celle-ci présente une quelconque contre-indication pour jeûner.
Les personnes se trouvant dans l'obligation de fournir des efforts physiques intenses au cours de la journée ou travaillant dans des atmosphères trop chaudes ou trop froides sont également dispensées du jeûne par la religion, la jurisprudence devant s'aligner sur les données scientifiques en vertu de la règle qui recommande que l'élimination des inconvénients prévaut sur la recherche des avantages. Elles peuvent s'acquitter de leur devoir plus tard quand les circonstances le permettent ou bien décaler ces tâches en les effectuant au cours de la soirée, si possible.
Certaines personnes doivent aussi interrompre immédiatement le jeûne afin de pallier une situation qui fait qu'un apport énergétique, médicamenteux ou hydrique devient urgent.


Une diète dans la diète

L'encre et la mer : Et Dieu créa la Méditerranée
Foued ALLANILa Presse de Tunisie : 03 - 08 - 2011

Quand les Américains Leland Albaugh (1948) puis Ancel Keys (début 50) mettaient chacun de son côté les bienfaits de la diète méditerranéenne et ses multiples vertus pour la santé en général et pour celle du cœur en particulier, les riches des pays riches n'avaient accordé aucune importance à ces découvertes pourtant cruciales.
Comment, pour eux, le régime alimentaire de ces pauvres villageois de cette vieille partie du monde usée par les guerres, les mythes et les disettes pouvait-il être meilleur que le leur, le meilleur du monde?
Comment ce régime pauvre en viandes et en produits d'origine animale de façon générale pouvait-il être plus bénéfique que celui qui fait leur orgueil?
«La viande est l'aliment des conquérants», disait St Augustin.
Et les conquérants c'étaient ces peuples du Nord qui se goinfraient de chair saignante ce qui leur conférait ce caractère carnassier. Idem pour ces peuplades de l'Est, nomades cavaliers nourris au lait cru, amateurs de gibier et de sang. Peuples qui avaient inspiré ces conquérants ibériques et leurs successeurs britanniques ayant comme eux massacré les autochtones (les peaux-rouges).
Pauvre mais très riche
Pauvre en viandes, riche en légumes, céréales et légumineuses. Pauvre en graisses animales, riche en huile d'olive, la panacée des panacées. C'est cela et en gros la diète méditerranéenne, devenue à partir de novembre dernier patrimoine mondial.
Nous avons quand même oublié les produits de la mer qui viennent rehausser la valeur nutritionnelle de ce régime et l'autre miracle divin, le raisin.
Pain complet, huile d'olive, olives, ail, oignon et du lait caillé. Voilà la voie royale pour une vie sans problèmes de santé. Une longévité assurée, si tout va bien.
Un frugalité, en réalité riche en substances protectrices, régénératrices et énergétiques, dépourvue ou presque de sucre et de sel de table.
«Magie Méditerranéenne» avaient écrit Marissa Clotier et Yves Adason dans leur The Meterranean Diet (La Diète méditerranéenne) en parlant de ce régime-miracle. Potion magique, recette magique… peu importe. L'essentiel c'est que cette diète est devenue l'idéal alimentaire mondial. Non sous sa forme réelle adaptée au terroir régional mais selon son schéma déjà décrit (une autre huille végétale pouvant remplacer l'huile d'olive).
Et peu de viandes rouges veut dire aussi halte à la course effrénée pour la production essentiellement bovine et ce qu'elle coûte en terme de consommation de végétaux cultivés pour l'alimentation du bétail à abattre aux dépens de ceux qui auraient pu nourrir des millions de personnes (blé, riz, légumes, fruits…). Comportant des variantes, la diète méditerranéenne a évolué selon deux axes. L'un géographique ayant influencé les disponibilités alimentaires et les habitudes grâce notamment à l'influence d'autres peuples.
L'autre religieux ayant divisé la Méditerranée en deux, le Nord et le Sud.
Le couscous et le Ramadan
D'une part, l'Afrique du Nord très céréales (couscous et bazine) et très huile d'olive en plus du mouton et, d'autre part, le Proche-Orient très riz et très smen (beurre salé et cuit) en plus des volailles.
Si le Nord lui est porc et vin, le Sud par contre est, lui, mouton, volailles, huile d'olive et vinaigre. Le Sud, pour sa part, se caractérise par le Ramadan. Un jeûne volontaire et aux rythmes réguliers et précis tout au long du 9e mois du calendrier lunaire musulman (le mois de Ramadan).
Une diète dans la diète qui donne un énorme avantage à cette partie sud de la Méditerranée puisque le Ramadan, s'il est bien conduit, possède des vertus inimaginables et incalculables avec un impact bénéfique sur la santé physique, mentale et sociale.
Ramadan est en effet une diète à lui seul. Il permet le repos de tous les organes, la désintoxication de l'organisme, la régénération et la réparation des tissus, la revivification des fonctions essentielles de notre corps. Grâce à la baisse de l'apport alimentaire (énergétique surtout) il est une arme redoutable contre le vieillissement (contre le vieillissement précoce et le mauvais vieillissement).
Sur le plan social, le Ramadan impose un nouveau rythme qui casse la routine, réunit les familles autour de la table, donne un coup de fouet à la vie spirituelle, à la solidarité et à certains secteurs de l'économie.
Pas de porc, pas de vin (en général) et le Ramadan en plus. Une révolution totale qui fait la nette différence entre le Nord et le Sud de la mer, la nôtre.
Mais pourquoi le couscous, qui a conquis le Nord, n'a pas pu conquérir l'Est, le Machreq? Deux raisons pourraient être évoquées. La première est que les habitudes alimentaires des Machréquis penchent vers la multitude de petits plats, alors que le couscous est un grand plat qui réunit le tout.
La seconde est que le mot «couscous» rappelle, et de très près, le nom que donnent les Machréquis au sexe de la femme.
Cela, sans oublier le regard quelque peu réducteur qu'ont les Machréquis sur tout ce qui vient du Maghreb. Ce sont les Phéniciens, peuple de l'alphabet, de la navigation et du négoce qui viennent donner des leçons aux Amazighs (les hommes libres), d'après bien sûr cette conception mesquine. Certains ont donc oublié qu'il y a une civilisation punique et que, pour avoir de délicieuses pommes ou poires, on a besoin de greffer ces espèces sur un bon et solide cognassier.
Le couscous, vraie diète méditerranéene. Diète méditerranéene en un seul plat.
L'aliment et l'ambiance
En focalisant leurs études sur le régime alimentaire, nos amis américains ont oublié plusieurs facteurs entrant en ligne de compte à côté de la diète proprement dite.
C'est vrai qu'ils ont mis en relief le fait que les Méditerranéens se nourrissent du terroir qui, selon les saisons, offre des variétés spécifiques.
C'est vrai qu'ils ont bien souligné le fait que les produits de la Méditerranée (terre et mer) sont plus bénéfiques en termes de nutriments et de substances protectrices, et qu'ils sont plus frais et plus délicieux que ceux consommés aux Etats-Unis par exemple.
Mais ils ont oublié ou plutôt omis plusieurs autres facteurs.
D'abord, la douceur du climat et son influence sur l'état général de la santé et surtout sur les habitudes individuelles et sociales qui en découlent (y compris le fameux caractère méditerranéen extraverti, altier, bon vivant...). Au centre, l'ensoleillement qui favorise un meilleur squelette, peu d'attitudes dépressives et aide à la désinfection.
Le climat méditérranéen impose, par ailleurs, la sieste, ce grand remède pour le corps et l'esprit. Pas seulement en été, chose évidente, mais aussi au cours du reste des saisons. Or, une sieste, même assez courte, possède d'énormes vertus en termes de santé physique et mentale. Et voilà que les Allemands et les Japonais l'intègrent dans leur système infernal de production, car elle permet une meilleure productivité et diminue le stress, ainsi que les risques d'accidents.
A côté de la sieste, il y a cette alternance travail-farniente qui caractérise les Méditerranéens. Cela permet de décompresser et de freiner un peu le rythme de production imposant un modèle plus humain donnant sa place aux aléas et à plus de souplesse.
C'est en général cette joie de vivre, cette insouciance, cette frugalité, cette convivialité, un art de vivre pour résumer tout cela et de vivre ensemble qui donne tous ses atouts à la diète méditerranéenne.
Car manger en groupe, c'est manger moins, c'est manger dans l'ambiance, c'est manger dans la sérénité... dans le bonheur.

Le divorce université-classe dirigeante

40e anniversaire du fameux congrès de Korba de l'Uget
Foued ALLANI  La Presse de Tunisie : 23 - 08 - 2011

• Survol des événements qui avaient abouti à cette rupture et de ceux qui s'ensuivirent
Il restera l'illustration la plus éloquente du refus de nos jeunes élites de l'arrogance d'une classe politique hégémonique mue par le désir irrépressible de dominer la société et des structures qui la représentent après avoir réussi à mettre la main sur toutes les institutions politiques et celles de l'Etat par le biais d'une monstruosité appelée Etat-parti construite autour d'un chef dont le pouvoir est devenu quasi-illimité.
C'est que le 18e congrès de l'Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) tenu à Korba du 12 au 20 août 1971 et plus connu sous l'appellation de «Congrès de Korba 71» a révélé au grand jour l'âpreté de la lutte de nos jeunes élites et futurs cadres et décideurs du pays pour se soustraire à la tutelle infantilisante du parti-Etat et de sa politique inaugurée en 1963 ayant détruit tout pluralisme intellectuel et politique à la faveur de l'idéologie de «l'unité nationale». Celle-ci consistait entre autres à mettre au pas toutes les organisations «nationales» et de les inféoder au parti du Néo-Destour (devenue à partir de 1964 Parti socialiste destourien - PSD).
L'issue de ce fameux congrès, il y a de cela 40 ans, a constitué un tournant décisif dans l'histoire sociale et politique de la Tunisie. Celle-ci venait tout juste de se relever de l'expérience non concluante du collectivisme et de s'engager dans un libéralisme économique qui ira crescendo, doublé en cela d'un durcissement politique néfaste qui aboutiront, le 26 janvier 1976, à une révolte populaire que le pouvoir se chargera de réprimer dans le sang.
Ce tournant décisif dont il est question est le résultat du déroulement dudit congrès qui a déclenché le processus de rupture entre l'université et la classe politique dirigeante. Processus qui connaîtra des développements à caractère conflictuel sachant que le PSD était secoué de l'intérieur par un mouvement réclamant la démocratisation de ses méthodes de travail et de choix de ses cadres et dirigeants. Mouvement qui avait pris forme en avril 1971 à l'occasion de la session de son comité central et qui avait éclaté au cours de son congrès tenu en octobre, soit six mois après, à Monastir, mais qui n'avait pas pu s'imposer, laissant ainsi le champ libre aux tendances dures.
De l'indépendance à la vassalité
Organisé dans une atmosphère chargée, le congrès de Korba a été précédé de plusieurs événements à caractère conflictuel et avait eu lieu après l'apparition d'un sérieux courant indépendantiste au sein de l'Uget par rapport au parti-Etat. Courant qui a été alimenté par le nombre toujours croissant des étudiants se réclamant de la gauche et désireux d'obtenir des positions de décision au sein de l'organisation.
Fondée à Tunis en 1952, devenue légale après son congrès constitutif tenu du 10 au 13 juillet 1953 à Paris, l'Uget a d'emblée participé à la lutte du peuple tunisien pour son indépendance. Cet objectif réalisé à partir du 20 mars 1956, l'Uget a commencé à militer pour plus de liberté et de démocratie dans le pays dont le régime est devenu républicain à partir du 25 juillet 1957 mais qui n'avait pas encore adopté la Constitution tant attendue (ce sera fait le 1er juin 1959). Cela à côté de ses revendications pour une meilleure qualité de l'enseignement et des conditions d'études.
Déjà et lors de son 5e congrès (20-24 août1957), l'Uget avait tenu à proclamer son indépendance vis-à-vis des structures politiques et les élections avaient abouti à l'incapacité du candidat du parti de Bourguiba à s'imposer.
Cela avait poussé les étudiants destouriens à adopter une strategie visant à mettre la main sur l'organisation. Ce qui a été fait lors du congrès de Carthage (28 août - 2 septembre 1961). Chose qui n'a pas empêché les étudiants de la gauche de resserrer leurs rangs et de participer encore plus nombreux au congrès de Bizerte (13-17 août 1962) au sein duquel ils étaient 50 sur 112.
C'est le congrès du Kef (15-20 août 1963) qui va plonger l'Uget dans le cercle vicieux de la dépendance vis-à-vis du parti-Etat et l'allégeance à la personne de Bourguiba, le chef de cet appareil.
Une charte avait été en effet votée dans ce sens et avait permis ainsi à la politique de mise au pas de la société par le parti-Etat de se renforcer, surtout après la décision de Bourguiba de dissoudre la même année le Parti communiste tunisien.
Situation qui a participé à la création en octobre 1963 du Groupe d'études et de l'action socialiste en Tunisie (Geast) plus connu par «Prespectives», le titre de son bulletin.
Mauvaise surprise pour le PSD, en 1966. En marge du congrès tenu en août à Bizerte, les congressistes organisèrent une manifestation contre sa volonté d'imposer son candidat au secrétariat général et afin de réclamer l'élargissement des étudiants arrêtés suite au grabuge ayant accompagné les travaux dudit congrès.
Cette tendance à la relative indépendance vis-à-vis du parti va en se renforçant et s'illustrera sur la scène publique à travers l'opposition des étudiants à la guerre du Vietnam conduite par les Etat-Unis, allié privilégié de Bourguiba.
Toujours en 1967 et suite à l'agression de l'Etat sioniste à l'encontre de ses voisins arabes (à partir du 5 juin), les étudiants prendront part à des manifestations populaires contre cette action. L'un d'entre eux, Mohamed Ben Jennett, sera arrêté puis condamné à 20 ans de travaux forcés.
Obstination du PSD à vouloir tout contrôler, volonté des étudiants à plus d'indépendance, voire à une indépendance totale, la confrontation devenait inévitable.
La confrontation
Le 15 mars 1968, alors qu'un meeting à la faculté des Lettres de Tunis se tenait afin de revendiquer la libération de Ben Jennett, des étudiants destouriens organisèrent une contre-manif. La situation dégénéra en affrontements et permit aux forces de l'ordre d'intervenir. Plusieurs étudiants seront arrêtés et 134 d'entre eux seront traduits devant une cour d'exception créée à cet effet, la cour de sûreté de l'Etat. De lourdes peines seront prononcées au terme de ce jugement, le 16 septembre de la même année.
Entre-temps, le congrès de Menzel Temime (12-17 août 1968) est boycotté par les étudiants de gauche et les congressistes y dénoncèrent les agissements de ceux qui étaient à l'origine des événements de mars 68 (le «Mai 68» des Tunisiens). Deux listes relevant du PSD s'affrontèrent cependant en vue de siéger au bureau exécutif (pseudo-détente).
La scène estudiantine devait s'enflammer de nouveau le 9 février 1970 à l'occasion de la visite en Tunisie du secrétaire d'Etat américain. Un meeting houleux eut lieu à la Bourse du travail à Tunis avec pour objectif de dénoncer la politique étrangère de l'Oncle Sam. S'ensuivirent une marche en direction du consulat américain puis une confrontation avec les forces de l'ordre puis des arrestations parmi les étudiants.
Cette même année verra plusieurs autres frictions, telles que le refus du bureau de l'Uget de dénoncer et de dénigrer Ahmed Ben Salah, artisan de la politique du collectivisme, limogé par Bourguiba en novembre 1969 et qui sera traduit un peu plus tard devant la justice. Telle que la colère de Bourguiba suite à l'absence des représentants des étudiants à la cérémonie de la fête de la République le 25 juillet 1970 (selon eux, ils n'y avaient pas été invités et selon Bourguiba il s'agissait d'un complot). Telles aussi plusieurs grèves, la plupart contre «la politique sélective».
En 1971, les grèves éclataient un peu partout dans les facultés et la tension était élevée au sein du bureau de l'Uget sur fond d'intervention du PSD et de son ingérence. La crise éclata le 14 avril 1971, lorsque Aïssa Baccouche, le S.G de l'Uget, ainsi que deux autres membres du bureau annoncèrent leur démission.
C'est donc dans cette atmosphère chargée que se tiendra le fameux congrès de Korba entre les 12 et 20 août 1971.
Le «putsch» et le mouvement de février 1972
Trois principaux courants formaient ainsi le congrès: les destouriens, les communistes et l'extrême gauche, soit 175 congressistes. Mais parmi les destouriens, il y avait ceux qui prônaient l'indépendance de l'organisation vis-à-vis du parti et qui voulaient rétablir le S.G démissionnaire face au candidat du parti, Habib Chaghal.
Les débats à propos de la motion politique tournaient eux aussi autour du principe de l'indépendance de l'organisation. Entre-temps, les coulisses connaissaient une fièvre sans égale à propos de celui qui va diriger le bureau. Et les deux courants destouriens entrèrent en conflit (ce qui explique entre autres l'étirement du congrès, dépassant ainsi les quatre jours programmés). Cela nécessita le déplacement à Korba de plusieurs responsables politiques (ministres et cadres du PSD) et même une réunion interne au siège de la délégation de la localité. 
Résultat: un imbroglio dans le déroulement du congrès dont les travaux ont duré plus que prévu avec poursuite des délibérations en l'absence du président du congrès et de l'un de ses adjoints par le 1er vice-président dudit congrès. Celui-ci accepta une motion demandant de passer directement au vote (émanant de l'aile inféodée au PSD). D'où l'élection d'un comité directeur considéré non légitime par le reste des congressistes (105). Ces derniers qui formaient la majorité ont crié au putsh et considéré les travaux non encore achevés, car la séance était non réglementaire et les motions non encore votées.
Ainsi l'organisation s'est retrouvée en crise avec à sa tête un bureau dénué de toute légitimité.
De retour aux amphis, les étudiants avaient commencé alors à s'activer pour mettre fin à cette monstrueuse irrégularité et pour rétablir la légitimité et avaient décidé d'organiser un congrès extraordinaire à cet effet.
Rendez-vous avait alors été pris le 2 février 1972 à la faculté de Droit et des Sciences économiques de Tunis, pour concrétiser cet objectif malgré le refus par le gouvernement de cette décision des masses estudiantines. Celles-ci avaient pourtant essayé de négocier avec lui par le biais de ses délégués à elles au niveau des institutions universitaires.
Mais à l'issue de ce congrès extraordinaire le 5 février, et constatant que les congressistes allaient élire un bureau légitime, le gouvernement et le PSD avaient décidé de mettre fin à cette instance à l'aide d'une intervention musclée suivie d'arrestations.
Ainsi le divorce entamé en 71 fut consommé en février 72 avec déclenchement de manifestations houleuses et des grèves ayant même touché les lycées. L'université sera fermée jusqu'en avril et le mouvement estudiantin devint presqu'entièrement anti-PSD et à caractère révolutionnaire. C'est la naissance du fameux mouvement de février 1972 qualifié de «glorieux».
Ce n'est qu'en 1988 que le 18e congrès extraordinaire eut lieu. Cela sans compter la montée en puissance des étudiants du PSD qui devient la même année le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et leur retour en force à partir du début des années 1990 et de leurs méthodes clientélistes et l'instauration du corps de la police universitaire. Aujourd'hui, l'Uget est encore en crise et peine à se relever.


Un 4e pouvoir à institutionnaliser

Information et communication
Foued ALLANI La Presse de Tunisie : 03 - 09 - 2011

…selon le grand écrivain et intellectuel le Pr Béchir Ben Slama
C'est un vrai 4e pouvoir que préconise le Pr Béchir Ben Slama en parlant des médias et non la consécration d'un cliché qui leur a toujours collé. Un pouvoir exercé par un Parlement élu à cet effet comme devrait le stipuler la nouvelle Constitution, les médias étant le support permettant à la fonction culturelle de l'Etat de s'affirmer et de jouer pleinement son rôle, comme l'a précisé l'auteur de cette idée.
Dans une conférence donnée récemment à Tunis, du haut de la tribune de la Fondation Temimi pour la recherche scientifique et l'information, le grand écrivain, intellectuel et ancien ministre de la Culture (gouvernement Mzali), a expliqué le pourquoi et le comment de ce projet d'institutionnalisation du 4e pouvoir par le biais de la future Constitution qui fondera la seconde République. Nous avons eu un entretien avec lui à propos de sa proposition. Ci-après, l'essentiel des propos du Pr Ben Slama.
Appelant à rompre avec l'utilisation du concept de 4e pouvoir en tant que cliché remodelable selon le moment, l'orateur propose de donner un sens et une forme à ce pouvoir.
Exigence devenue aussi urgente que vitale afin de consacrer les valeurs universelles prônées par la révolution du 14 janvier 2011 les mêmes qui ont été à plusieurs reprises confisquées depuis l'époque ayant vu la promulgation du Pacte fondamental (1857), la promulgation de la Constitution de 1861 puis celle de 1959. A chaque fois, deux courants étaient confrontés l'un à l'autre, le moderniste et le conservateur. D'où à chaque fois reprise à zéro, déplore le Pr Ben Slama.
«C'est à un vrai 4e pouvoir efficace, à l'image des trois pouvoirs existants et possédant la même puissance qu'eux, que j'appelle», explique le Pr Ben Slama.
Et l'orateur d'essayer de répondre au «comment» grâce au trois questionnements suivants : «quoi ?» (qu'est-ce que ce 4e pouvoir ?), de quoi (ou de qui ?) sera-t-il fait et quelle sera sa mission ?
Un pouvoir à définir
Qu'est-ce que le 4e pouvoir ? Une question longuement analysée par notre interlocuteur dans ladite conférence. Parlant de la nécessité de deux fonctions essentielles à l'équilibre au sein de l'Etat, la fonction politique et la fonction intellectuelle, l'orateur explique qu'il arrive que les intellectuels tentent de prendre le pouvoir et de vouloir ainsi appliquer leurs idées, même aux dépens des valeurs qu'ils prônaient. Le bloc socialiste en a donné un exemple au détriment des peuples et de leurs intérêts. D'où la nécessité de l'équilibre entre les deux fonctions déjà citées et que l'on retrouve plus ou moins bien réalisé dans les pays démocratiques.
La presse a joué un rôle prépondérant dans le système culturel des démocraties au tout début de leur évolution en ce sens qu'elle exerçait une fonction critique très claire sur fond de liberté de l'expression et a été ainsi qualifiée de 4e pouvoir.
C'est en évoluant vers plus d'informations factuelles aux dépens de la critique que la presse a sombré dans les problèmes ballottée en cela entre la puissance de l'argent et la puissance publique. Cette perte de son indépendance a ainsi fait perdre à la presse son statut de 4e pouvoir. D'où le déséquilibre constaté fait noter notre interlocuteur.
En perdant ce statut, la presse l'a en fait légué au secteur de l'information et de la communication devenu une arme quasi-absolue du fait de la complexité de la vie publique et de l'affaiblissement des pouvoirs législatif et exécutif.
Ainsi, le 4e pouvoir est constitué de tous moyens d'information et de communication auxquels viennent s'ajouter les associations culturelles. Un pouvoir à libérer de l'hégémonie de l'exécutif mais aussi de l'argent afin qu'il puisse devenir le support des valeurs constructives pour le bien de tous. Cela ne peut être possible qu'en concrétisant ce pouvoir au sein d'un vrai Parlement à cet effet.
Démocratiquement élu
pour lutter contre les dérives
De qui sera composé le Parlement représentant le 4e pouvoir. Le Pr Ben Slama propose la création d'une structure élue. Ses membres parviennent eux aussi des instances dirigeantes élues des associations représentant la culture, les arts, les médias, la jeunesse, les conseils culturels régionaux, etc. La parité homme-femme devant être la règle.
Des lois devront être adoptées en vue de bien organiser ces élections ainsi que la bonne marche du Parlement.
Quant à la mission de ce Parlement, elle consiste d'abord, selon notre interlocuteur, à examiner les chapitres consacrés à la culture et à l'information dans les plans de développement, à discuter les projets de loi proposés par l'exécutif, surtout ceux ayant trait à la culture et à l'information.
Ledit Parlement devra jouer un rôle décisif dans la lutte contre les dérives totalitaires, en œuvrant à l'indépendance des médias et à lutter contre toutes les structures qui voudraient avoir la main-mise sur les moyens d'information et de communication.
Contre ces dérives, le Parlement veillera aussi à ce que l'Etat n'essaye pas de phagocyter la société civile et n'essaye pas de transformer son idéologie en un dogme à imposer à tous y compris aux intellectuels et hommes de culture.
Ce 4e pouvoir aura également pour mission de participer à la lutte contre la crise civilisationnelle. Celle dont est victime le monde arabe est spécialement nocive pour la jeunesse. Cela deviendra possible grâce à de nouvelles méthodes éducatives donnant une place de choix à la culture et non se contenter de transmettre des connaissances.
Un vaste programme qui ne pourrait être concrétisé que grâce à l'institutionnalisation du 4e pouvoir lui permettant ainsi son vrai rôle critique et de régulation, conclut le Pr Béchir Ben Slama.


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